Richard Wagner
de Xavier Lacavalerie
Actes Sud / Classica, 2006 - 196
pages
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En un prologue et trois journées, Xavier Lacavalerie nous
propose
une vision éclair de la vie de Wagner (1813-1883),
qui vient s'ajouter aux quelques cinquante mille ouvrages recensés
ne serait-ce que dans notre pays, friand de puissantes figures totémiques.
Fallait-il avoir la prétention, l'orgueil ou l'innocence
d'ajouter sa pierre à un édifice déjà
bien solide ? Pourquoi pas, puisqu'en dehors d'une première
partie assez anecdotique - qui s'attache à notre perception
du musicien allemand après une guerre mondiale dévastatrice,
et semble s'excuser de l'attachement presque vis-céral qu'on
peut avoir pour un antisémite présumé -, ces
deux cents pages constituent un résumé clair et détaillé
d'une carrière, sans prétendre rem-placer ces livres
beaucoup plus érudits que l'auteur signale régulièrement
en bas de page.
Créateur romantique, idéaliste prêt à
tout, Wagner est à un tournant de sa vie au moment où
nous le rejoignions, sur les barricades. Au mois de mai 1849,
le compositeur participe au soulèvement de Dresde, chargé
d'obser- ver les mouvements des troupes prussiennes à partir
du clocher de Kreuz-turm. Révolutionnaire sans être
anarchiste, plutôt républicain et monarchis-te que
socialiste utopiste, Wagner nous rappelle qu'un artiste est avant
tout un citoyen, pris dans la tourmente de l'Histoire et de sa propre
confusion - qu'on soit élevé par l'amant de sa mère
peut excuser bien des choses...
Il en payera le prix par l'exil. Artistiquement, l'intérêt
de ce cosmopolite se porte désormais vers le mythe, l'invariant,
l'universel, le sacré plutôt que
le divertissement.
S'il s'affranchit avec génie des conventions de l'opéra
italien, Wagner con-serve une tendresse particulière pour
Rossini, "le plus voluptueusement doué des musiciens".
A Paris, en mars 1860, les deux hommes se livrent
à une entrevue cordiale et courtoise. Alors auréolé
de gloire, l'Italien retraité, qui avait lui aussi vécu
des cabales, encourage le quadragénaire à "faire
du nouveau". C'est la rencontre avec le jeune Louis II
de Bavière, sur le trône depuis mars 1864, qui transformera
ce soutien moral en aide financière. Endossant l'habit de
courtisan modèle au moment où sa santé déclinait,
Wagner renaît pour servir son art et concrétiser le
Festspielhaus de Bay-reuth. Au terme de sa chronique, le biographe
ne peut que regretter toutes les pages jetées au feu par
la veuve Cosima... Mais consolons-nous : l'essentiel nous est légué
pour des siècles encore.
Laurent Bergnach
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