Pauline Viardot
au miroir de sa correspondance
de Michème Friang
Hermann Éditeurs, 2008 - 290
pages
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Avec sa couleur de mezzo, tantôt soprano dramatique, voire
colorature, Pauline Viardot (1821-1910) demeure une des légendes
de l'art lyrique du XIXe siècle. La voix de la cantatrice
n'a malheureusement pas été gravée, mais pour
nous en faire une idée, il reste, parmi d'autres, le témoignage
de Musset qui évoque la sensualité d'un "timbre
clair, sonore, hardi, ce
coup de gosier espagnol qui a quelque chose de si rude et de si
doux à la fois, et qui produit sur nous une impression un
peu analogue à la saveur d'un fruit sauvage".
Après de longues recherches effectuées auprès
de ses descendants, au miroir de sa correspondance (de nombreuses
lettres sont encore inédites), Michèle Friang nous
fait mieux connaître cette femme hors du commun. Car comment
rester ordinaire quand on est la fille de Manuel Garcia - créateur
d'Almaviva (Le Barbier de Séville) qui lui donne le
goût des défis -, qu'on a pour sur la Malibran
et pour frère un baryton léger qui assimile ses rôles
en trois jours, et que l'on devient l'égérie de nombreux
compositeurs ?
Après des débuts bruxellois, à l'âge
de seize ans, Pauline va s'imposer
sur les scènes mondiales avec souvent des raretés
pour l'époque (Gluck, Händel) et se lier avec George
Sand, Clara Schumann-Wieck, Julius Rietz qu'elle prend pour confident
et Ivan Tourgueniev sans doute pour amant. Meyerbeer confie son
émotion après la création du Prophète
et Gounod,
au moment de Sapho, ses affres de créateur mêlées
à des déclarations ambiguës. Les ennemis ne manquent
pas non plus, puisqu'on vise sou-vent à travers elle son
mari républicain, la rendant amère, comme dans cette
lettre d'octobre 1858 :
"Il m'est impossible de faire du bon travail à Paris
; je devrais chanter joliment de la mauvaise musique (je hais le
joli dans l'art), et je devrais
faire autre chose que les femmes honnêtes ne doivent pas faire.
(...) Tout
ici est fait par protection, malheur à celui qui doit la
mendier, il doit payer avec l'honneur ces faveurs".
Mère de futurs musiciens, pianiste, enseignante, Pauline
Viardot vit effectivement pour la bonne musique, revenant sur sa
première opinion de l'uvre de Wagner ou rejetant l'usage
de changer les ouvrages traduits et de l'apprentissage à
base de vocalises. Jusqu'au bout, elle va au théâtre
et au concert, avant de s'éteindre - nous dit l'auteur -,
le sourire aux lèvres.
Laurent Bergnach
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