karol szymanowski
de didier van moere
Fayard, 2008 - 695 pages
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À l'heure où plus d'un chroniqueur, avec la complicité
d'éditeurs
peu scrupuleux, s'octroie l'autorité d'écrire la biographie
succincte d'un compositeur, biographie consistant la plupart du
temps en une synthèse plus ou moins heureuse d'autres auteurs,
bien souvent sans prendre la peine d'en vérifier la documentation
et, pis encore, en avançant des opinions et jugements fondés
sur des courants d'air, il fait bon se plonger dans une étude
sérieuse et approfondie.
Il devrait aller sans dire qu'un ouvrage de ce genre trouve ses
fondements en une connaissance rigoureuse des partitions, des articles
critiques de l'époque concernée, du paysage culturel
de ce temps-là, du contexte histo-rique, politique et social
dans lequel naquit une uvre. Il devrait aller sans dire qu'un
biographe s'accorde la chance de mettre en péril ses propres
idées reçues en se plongeant dans la vie même
de son sujet via sa cor-respondance et tout souvenir provenant de
ses entourages proches et moins proches. Il devrait aller sans dire
qu'une approche critique de ce
que purent écrire d'autres biographes - qu'ils soient polonais,
anglais, allemand ou français - saura seule donner au nouveau
volume la dimension à laquelle il prétend.
En se lançant dans l'uvre et la vie de Karol Szymanowski,
Didier van Moere n'est certes pas allé au plus facile. Voilà
une musique
que les musicographes disent volontiers connaître et même,
parfois, aimer bien, mais sur laquelle ils n'écrivent pas
ou peu, du bout des doigts. Voilà une musique dont les interprètes
saluent de vive voix les qualités mais qu'ils honorent encore
trop rarement. Paradoxalement, sa représentation discographique
est tout à fait respectable. Qu'un musicologue soit suffisam-ment
convaincu de l'intérêt de son sujet pour étudier
patiemment chaque partition parait aller de soi. De là à
s'atteler à l'écriture d'une biographie,
ce qui induit de s'immerger dans la culture polonaise de la fin
du 19ème siècle au milieu du 20ème, il y avait
un pas qu'a franchi l'auteur du présent livre avec un tel
souci d'exactitude qu'il traduisit du polonais en français
les lettres de Szymanowski. C'est une grande chose que de livrer
un ouvrage qui manque à notre culture ; c'est une chose plus
grande encore que d'en livrer un dont de nombreux lecteurs ignoraient
eux-mêmes qu'il leur manquât.
Des étés d'enfance à Tymoszówka à
une mort lente à Lausanne,
ce livre suit pas à pas Szymanowski, de projets en uvres,
de rêveries en pensées, d'espoirs en déceptions,
d'escapades ensoleillées en angoisses de sanatoriums, d'amours
en solitude, à travers chaque élan créateur,
qu'il soit accompagné de fougue, de rage ou de plaisir. L'on
aborde le territoire des poètes et des peintres de La
Jeune Pologne, on découvre Zakopane et l'idéal
d'authenticité qu'il put représenter, on apprend à
quel point la patrie même du compositeur lui fit tort en ne
le reconnaissant pas. Voilà une somme que je conseillerai
de lire lentement, en prenant le temps de s'arrêter pour écouter
les uvres dont les analyses surviennent au fil
du texte, et, puisque la toile nous en offre la possibilité
instantanée,
en regardant les travaux des symbolistes polonais. Une imprégnation
foisonnante récompensera cette patience.
Bertrand Bolognesi
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