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JEAN SIBELIUS
de PIERRE VIDAL
Bleu Nuit Editeur / collection Horizons,
2005 - 174 pages
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A l'orée du XXème siècle, Sibelius apparaît
comme l'un des rares compositeurs à avoir rencontré
une estime populaire et intellectuelle,
en partie parce que sa musique servit de porte-drapeau national
face aux pressions russes. Son catalogue d'une centaine d'opus fait
la part belle à sept symphonies - dont les premières
sont marquées par l'influence de Beethoven et Grieg, avant
la découverte viennoise de Bruckner et Wagner - et aux poèmes
symphoniques, qui mettent en scène des personnages de légende,
entre néo-romantisme et style nordique. En revanche, peu
de place pour le théâtre lyrique (l'opéra
ne m'aime pas) et le piano, comme
si les nombreuses mélodies créées faisaient
la synthèse de ces deux domaines.
Cet engouement local n'empêcha pas le Finlandais de s'interroger
sur l'universalité de sa musique, de se débattre avec
les problèmes d'alcool
ou d'argent. De 1919 à 1923, par exemple, conscient que ses
dettes aug-mentaient à chaque symphonie jouée, il
différa l'écriture de la prochaine pour produire des
pièces plus légères. Les crises de doute,
de découra-gement, le menèrent à brûler
certains manuscrits et à s'enfermer, pendant le dernier tiers
de sa vie, dans un silence presque total, réduisant le nom-bre
des visiteurs et des allusions à ses projets. Cet ami de
Busoni et admirateur de Mozart, Mendelssohn et Verdi confiera même
un jour :
Je ne saurai dire combien de fois j'ai voulu jeter l'éponge
pour vivre la vie d'un idiot pour laquelle je me suis toujours senti
qualifié.
Mort à l'approche de ses quatre-vingt douze ans, c'est peut-être
ce souhait qu'il réalisait enfin, sans trop oser l'avouer
au monde.
Pour qui n'aurait pas le courage de se lancer dans les mille pages
de l'ouvrage de Marc Vignal, voici une solution moins contraignante
pour aborder la vie et l'uvre de Jean Sibelius. Le livre de
Pierre Vidal en est un résumé précis, enrichi
de photos du quotidien de l'artiste, et de documents annexes comme
une discographie sélective ou quelques traductions des parties
chantées de Kullervo (1892) ou Luonnotar (1913).
Laurent Bergnach
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