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JEAN
SIBELIUS
de MARC VIGNAL
Fayard, 2005 - 1177 pages
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Il était grand temps que paraisse en France un ouvrage digne
de ce
nom sur Sibelius ! À ceux qui trouveraient cette excellente
biographie un
peu longue, rappelons que le compositeur a vécut rien moins
que quatre-vingt huit ans dans une période essentielle de
l'histoire de la nation finlan-daise, et qu'il s'est exprimé
en un vaste uvre dont la richesse ne se peut résumer
en quelques paragraphes. Sans que l'on puisse jamais parler d'une
biographie romancée, loin s'en faut, Marc Vignal nous
invite à vivre avec le musicien l'excitation des grandes
Premières, la déception cuisante
à la lecture de certaines critiques, la fébrile passion
durant la conception de ses opus, mais aussi le quotidien, l'effervescence
des années d'étude, la fraîcheur des toutes
premières pièces - ces uvres sont évidemment
très mauvaises, écrit-il à son oncle en
1883 , mais c'est amusant d'avoir quelque chose à faire
lorsqu'il pleut -, le coup de foudre pour la sur d'un
camarade pianiste, la belle Aino Järnefelt qu'il épouserait
en 1893 et avec laquelle il partagera soixante-cinq années
qu'il rendit parfois difficiles, les voyages
à Berlin, Vienne et Rome pour parfaire son art, d'abord,
puis à travers le monde pour faire connaître sa musique,
ou encore l'importance du rôle
que prendra le mécène Axel Carpelan. Voici un récit
palpitant qui brosse
de Sibelius un portrait attachant, bien que sans complaisance, tout
en présentant des analyses détaillées et précises
de chaque uvre, qu'il s'agisse du grand parcours dessiné
par les sept symphonies, bien sûr, mais aussi de la plupart
des mélodies, souvent méconnues, ou encore
des trios et quatuors de jeunesse que l'auteur se garde bien de
négliger.
On rencontrera ici les préoccupations esthétiques
de Sibelius, tout comme ses soucis d'argent, ses problèmes
de santé, sa lutte contre un goût dan-gereux pour l'alcool
et les cigares, à travers de larges citations de son journal
et de sa correspondance qui nous font pénétrer l'atelier
du compositeur, s'appuyant principalement sur les travaux de musico-
logues comme Tawaststjerna, Melartin, etc. Mais, pour comprendre
Sibelius, encore faut-il bien connaître la Finlande : Vignal,
parant sans
faux-semblant toute éventualité, raconte la naissance
d'une république,
le bel enthou-siasme nationaliste que fera naître la parution
en 1835 du Kalevala ou Anciens poèmes de Carélie
des Temps anciens du Peuple finlandais (qui constituera une
grande source d'inspiration au Sibelius
de la première période), accompagnant la relation
d'une vie privée d'une constante mise au point des contextes.
Le mélomane français est encore tiède face
à l'uvre de Sibelius : nous lui conseillons cette lecture
qui vient enfin dissiper l'intimidation du dogmatisme adornien et
ouvrir d'autres portes, celles d'une culture finlandaise que l'on
visite sur le seuil avec les évocations des peintres kalévaléens,
des architectes et des grands poètes.
Bertrand Bolognesi
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