Déodat de Séverac
de Catherine Buser Picard
Editions Papillon, 2007 - 240 pages
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Des personnalités aussi diverses que Fauré, Debussy,
Milhaud ou
Le Flem ayant témoigné leur intérêt,
sinon leur affection, pour la musique
de Déodat de Séverac (1872- 1921), la musicologue
Catherine Buser Picard s'est demandé "pourquoi une
uvre aussi poétique, aussi inventive, aussi parfumée
dormait encore dans les rayons d'une bibliothèque, pourquoi
le nom de son auteur n'était pas plus connu". Grâce
à sa curiosité et à ses recherches, voilà
comme une injustice réparée - même si Blanche
Selva
et Joseph Canteloube, entre autres, avaient déjà laissé
leurs souvenirs
du Chantre du Midi.
A l'inverse d'un Cézanne dont le talent juvénile
ne fut pas reconnu et
qui s'abandonna insensiblement à son côté ours,
Séverac relativise ses premiers succès parisiens et
laisse libre cours à un naturel très sociable,
dont profite sa soif d'apprendre ; on découvre le jeune languedocien
se passionnant pour la mythologie à l'Ecole Royale Militaire
de Sorèze (1886-1890), travailler l'harmonie et le solfège
au Conservatoire de Toulouse (1893-1896), fréquenter durant
quelque onze ans l'enseignement d'une Schola Cantorum flambant neuve
parallèlement au salon des Polignac
ou au Bateau Lavoir, recevoir à son tour Picasso et Braque
dans sa
retraite catalane, etc.
Dans une époque qui cultive l'art national, Séverac
devient lui aussi anti-wagnérien - reniant le Lohengrin
de sa jeunesse qui lui fit abandonner des études de Droit
imposées par son père - pour s'intéresser aux
défenseurs d'une identité nationale comme Chabrier,
Albéniz, mais aussi à Palestrina
et à Monteverdi. Mieux encore, il rejoint la cause occitane,
opposée à la centralisation culturelle française
et à la superficialité de la capitale ; que
ce soit au piano (Le Chant de la terre) ou sur la scène
lyrique (Le Cur
du Moulin, La Fille de la Terre), ses uvres les
plus abouties auront
l'accent méridional.
Une vingtaine d'analyse d'uvres, une discographie sélective
et une riche iconographie complètent cette biographique passionnante,
portrait d'un aristocrate aussi modeste que sa fortune (il fait
même le nègre pour des musiciens moins doués),
amoureux fou de la nature, artiste évoluant de la demi-teinte
vers l'éclat des couleurs, et d'une philosophie de la vie
qui ne peut qu'apporter le bonheur : "L'important c'est
de faire de belles choses
et d'être compris des amis que l'on aime".
Laurent Bergnach
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