clara, le soleil noir de robert schumann
de christian wasselin
Scali, 2007 - 318 pages
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Assez régulièrement, le lecteur rencontre des biographies
romancées de personnages historiques. Qu'il s'agisse d'un
général, d'un homme politique ou d'un peintre, l'exercice
non seulement autorise mais impose un ton plus familier, abolit
les distances du strict rapport scientifique. En ce qui regarde
les musiciens, on se souvient du Tchaïkovski de Nina
Berberova qui, pour utiliser une documentation foisonnante et une
certaine proximité, ne se prive pas d'imaginer situations
et dialogues, mis en scène par la veine littéraire
qu'on lui connaît. On se rappellera également le Ravel
de Jean Echenoz,
les Lettes clandestines avec lesquelles Pierre Mertens investit
la mémoire d'Alban Berg, La Rencontre de Lübeck
où Gilles Cantagrel fait parler Die-trich Buxtehude et Johann
Sebastian Bach ou encore L'ivre d'orgue dont Vincent Lajoinie
fait de Louis Marchand le héros.
Les éditions Scali lancent aujourd'hui une nouvelle collection
de romans historiques à sujets musicaux avec ce Clara,
le soleil noir de Robert Schu-mann. Ravissant immédiatement
une lecture affectée, Christian Wasselin parvient aisément
à faire partager ce qui, dans sa connaissance du com-positeur
et de l'uvre mais aussi de la culture allemande et du contexte
romantique, l'inspire intimement. Voilà donc un de ses volumes
qui ne quittent qu'entièrement lu les mains qui l'ouvrirent
! On s'y attache au père grand rêveur, libraire, et
traducteur de Walter Scott et de Byron, et bientôt
aux passions parfois troubles qui traversent l'adolescent Robert.
Grâce à un lyrisme contenu qui sait s'observer par
un humour discret, l'auteur nous fait pénétrer le
destin d'un étrange voyageur à l'enthousias-
me morbide. Pour sensible qu'il soit, le ton du récit n'est
pas sombre, ou peut-être n'est-il jamais si sombre, au fond,
que lorsqu'il rit férocement
du vieux caniche apoplectique de la veuve Richter, par exemple.
Valse obsessionnelle des prénoms, femmes impossibles, fascination
inces-tueuse et maladies amoureuses animent la fièvre bientôt
permanente
d'un artiste qui se marierait en vain au large lit du Rhin avant
que de s'éteindre dans la compagnie des énervés
d'Endenich.
Bertrand Bolognesi
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