les anges sont ailleurs...
de giacinto scelsi
Actes Sud, 2006 - 304 pages
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Mise à part une maigre biographie, toujours
la même, que le musicien autorisait, et une énigmatique
signature dont on illustrait les programmes des concerts, on ne
possède pas beaucoup d'éléments sur Giacinto
Scel- si. Aussi saluera-t-on avec enthousiasme la parution de Les
anges sont ailleurs
, un ouvrage regroupant plusieurs textes
de Scelsi, une documen-tation iconographique et une biographie digne
de ce nom signée Luciano Martinis. C'est à Sharon
Kanach que l'on doit cette initiative, cette musicien-ne américaine
qui assista le compositeur italien pendant ses dix dernières
années, et qui s'occupe aujourd'hui de la diffusion de ses
partitions chez Salabert. Deux autres titres sont d'ailleurs à
paraître chez Actes Sud - L'Homme du son et Il Sogno
101 - qui permettront d'approcher plus précisément
un artiste qui entretint le mystère.
On le sait, de la musique de Scelsi naquit le mouvement spectral,
il y a une trentaine d'années. C'est dire l'importance d'un
compositeur que l'on joue peu et dont le centenaire de la naissance
(2005) passa presque inaperçu ! La carrière de ses
uvres paraîtra discontinue : si on le joue beaucoup
avant et pendant la guerre, lui montrant une certaine estime,
si Desormière dirige à Paris, en 1949, sa grande cantate
La Nascita del Verbo, une veine poétique s'empare
de la nécessité créatrice. Ainsi plu-sieurs
recueils paraîtront chez Gallimard : Le Poids net en
1949, L'Archipel nocturne cinq ans plus tard, puis La
Conscience aiguë en 1962. Toute sa vie, Scelsi écrirait
avec les mots, et pas uniquement avec les notes - "ce
ne sont que des habits, des robes ; mais ce qu'il y a dans la robe
est géné- ralement plus intéressant"
-, côtoyant ceux de Pierre-Jean Jouve et d'Henri Michaux,
entre autres. Enfin, il y eut les grandes pièces des années
soixan-te. La presque criante discrétion d'un personnage,
qui pourtant remporta des concours d'élégance dans
sa jeunesse, pourra s'expliquer par une disparition volontaire de
l'ego au profit de l'uvre qui n'est pas vécue com-me
une affirmation existentielle mais comme une entité qui ne
ferait que transiter par celui que l'on appelle à tort créateur,
partant qu'il ne serait
qu'un médium parmi d'autres.
Dire cela ainsi n'est bien sûr que grossièrement résumer
l'attitude spirituelle de Giacinto Scelsi. Aussi vous invitons-nous
à l'appréhender par ce livre qui s'accompagne d'un
CD où vous entendrez quelques exemples de l'univers musical
de Scelsi, mais aussi sa voix - "quand je joue, ce n'est
pas moi qui joue" : voilà qui rejoint ce que l'on
vient de dire -, grâce à quel-ques extraits d'une émission
radiophonique. "N'importe quelle activité
doit être transformante pour l'être", nous
y dit-il : à coup sûr, la lecture
et l'écoute des Anges sont ailleurs saura l'être.
Bertrand Bolognesi
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