antonio sacchini
un musicien de marie-antoinette
de georges sauvé
L'Harmattan, 2006 - 150 pages
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Affichant un joyeux recul devant les conventions de l'exercice
biographique, Georges Sauvé procure une lecture fleurie,
détendue et fluide de son Anto-nio Sacchini, un musicien
de Marie-Antoinette. Tout en citant scrupuleuse-ment ses sources
sans omettre d'en critiquer parfois les extrapolations, l'auteur
concentre son exposé sur les dernières années
du musicien, vécues à Paris, à l'apogée
de sa carrière.
Né vraisemblablement le 14 juin 1730 à Florence,
Sacchini n'est pas fils d'humbles pêcheurs de Campanie, comme
le dit une idée reçue, mais fils du cocher attitré
de Charles de Bourbon. Suivant son père qui lui-même
suit le Prince, il émigre pour Naples à l'âge
de quatre ans. La légende répandue selon laquelle
Durante aurait pris l'enfant sous son aile est ici rationnelle-ment
répudiée. Un bref point est fait sur la ville afin
de mieux cerner l'édu-
cation musicale qu'il y reçut. Nommé maître
de chapelle surnuméraire bénévole en 1758,
puis maître en second en 1761 (pour six ducats par mois),
le musicien présente ses premiers ouvrages lyriques : Fra
Diavolo,
Il Giocatore, L'Olimpia tradita, Il copista burlato,
etc. Par an, il écrit deux à trois uvres qui
rayonneront bientôt hors de Naples, ce qui lui vaut des avances
d'autres villes. Combinant un temps des charges napolitaines et
vénitiennes, Sacchini vogue de théâtre en théâtre
à travers de nombreuses cités, puis s'installe à
Londres en 1773. Après un bref état des lieux de la
vie musicale londonnienne, l'auteur observe comment Sacchini finit
par régner (avec Johann Christian Bach) sur la capitale à
laquelle il fournit de nouveaux ouvrages en langue anglaise, y trouvant
vite des partisans qui le surnom-ment affectueusement Sack. En pleine
Querelle des bouffons, son Olimpia-de connaît le succès
à Paris (1777). C'est vraisemblablement pour fuir les dettes
que sa vie de noceur accumula en huit ans que le compositeur finit
par saisir les opportunités françaises.
Là commence le sujet qui passionne Georges Sauvé
: Sacchini à Paris. L'on se dispensera aisément d'un
portrait complaisant de la vie brillante
et douce de la capitale en 1781 (5ème chapitre) pour aborder
directement
le contrat qui liera Sacchini à l'Opéra, Marie-Antoinette
se faisant alors sa championne. Nous entrons dans l'infâme
bourbier d'intrigues de l'Opéra
de la Porte Saint-Martin, dans la suite de batailles mondaines et
adminis-tratives entre détracteurs et partisans, impliquant
le retard de certaines créations du maître. Les sacchinistes
opposent bientôt leur élu à son compatriote
Piccinni qui n'en peut mais ! Renaud, Chimène
et Dardanus n'en verront pas moins le jour, souvent grâce
à l'intervention astucieuse
de la reine, une protection opérant à Fontainebleau
comme à Versailles,
en dépit de la mauvaise fois du comité de l'Opéra.
Enfin, nous suivons pas à pas l'élaboration du chef-d'uvre
de Sacchini, dipe à Colonne dont de nombreuses
arie figureront en amont de la créa-tion dans le cahier
d'une élève prometteuse : la petite Francesca Bazin
qui,
à onze ans, chanta ces pages à Marie-Antoinette. Cet
opéra est prêt en novembre 1785, mais boudé
par le public lors d'une première précipitée
dans le théâtre trop neuf de Versailles. À l'issue
d'une dernière cabale, l'ouvrage ne verra pas le jour à
Fontainebleau. De l'apprendre, Sacchini
en serait mort, à l'issue d'une crise de goutte qui l'aurait
emporté en trois jours. Cinq mois après la disparition
du compositeur, dipe à Colonne
est représenté à l'Opéra de Paris :
revirement de l'opinion qui soudain consacre Sacchini grand musicien
! De même créera-t-on à l'Opéra, le
29 avril 1788, l'ultime pièce de l'Italien, Arcine &
Evelina, achevée par Jean-Baptiste Rey. Tout en s'interrogeant
sur les "oubliettes où Sacchini tombe, de 1840 à
nos jours", ce livre brosse un portrait parfois féroce
des murs courtoises françaises de la fin du 18ème
siècle.
Bertrand Bolognesi
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