le corps électrique
voyage dans le son de fausto romitelli
L'Harmattan, L'Itinéraire,
2005 - 194 pages
à propos de Fausto Romitelli
:
Audiodrome,
5 novembre 2004
An
Index of Metals, 16 janvier 2005
En
transe, 11 septembre 2005
Professor
Bad Trip, CD Cyprès
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C'est au printemps 2004 que disparaissait le compositeur
italien Fausto Romitelli, à l'âge de quarante et un
ans. L'ouvrage publié aujourd'hui par L'Harmattan, dans la
collection L'Itinéraire dirigée par Danielle Cohen-Levinas,
Le corps électrique : voyage dans le son de Fausto Romitelli,
est la traduction française de Il corpo elettrico
paru en italien - Quaderni
di cultura contemporanea 4, décembre 2003) avant la mort
du musicien et qui bénéficia de son regard attentif,
à la demande de Carlo De Incontrera
du Théâtre de Monfalcone, les différents textes
qui le constituent ayant été mis en présence
par Alessandro Arbo. Outre une documentation précise
et concise sur le parcours de Romitelli, on y rencontrera les entretiens
qu'il avait accordé à Eric Denut (Produire un écart),
à Omer Corlaix (L'insurgé), à Danielle
Cohen-Levinas (Attaquons le réel à sa racine
et Pour une pratique visionnaire) et à Véronique
Brindeau, ses propres présentations d'uvres (An
index of Metals et Professor Bad Trip) et deux textes
plus généraux.
Mais le corps même du livre consiste en cinq articles qu'introduit
tout naturellement L'échange infini, préface
où Michael Levinas rend hommage
à l'ami et à l'artiste, rappelant non seulement la
place que Romitelli avait prise dans les activités de L'Itinéraire
mais aussi la grande complicité qui les liait, ce que lui
dut l'ouverture de l'opéra Les nègres - Opéra
de Lyon,
24 janvier 2004 -, ou encore ce rire inoubliable qui "dégonflait
ce que
nous appelions les baudruches de la musique contemporaine".
Romitelli s'était aventuré vers des territoires nouveaux,
osant libérer l'investigation musicale d'un domaine réservé.
C'est jeune qu'il quittait ce monde, au terme d'une épuisante
maladie dont il sut parfois utiliser la force elle-même, lui
dont l'intransigeance bousculait et continuera de déranger
bien des pratiques et idées reçues. Dans son Fausto
Romitelli : a short index, Eric Denut développe une réflexion
sur l'empirisme sélectif du com-positeur, immergé
dans la musique populaire anglo-saxonne des années soixante
à nos jours, subculture qu'il définit aussi brillamment
que succinc-tement ; pour savant qu'il soit, son article rejoint
le ton de l'avant-propos, nous faisant, peut-être sans le
vouloir, associer ce singulier rire salvateur évoqué
par Michael Levinas aux échevelés pas très
recommandables qui peut-être inspirèrent le musicien
dont l'uvre évolue à travers une forme vouée
à mal tourner, comme on le dirait d'un adolescent.
Deux analyses passionnantes nous invitent à nous plonger
dans une écoute active :
le Professor Bad Trip de Pierre Michel et Lesson IV :
Bad Trip autour du
style de Marco Mazzolini ; avant d'entrer dans le vif de son
sujet, le premier partage son ressenti de première écoute,
ce qui est autant inhabituel qu'in-téressant, dressant ensuite
un schéma d'une notable clarté qui permettra de suivre
plus efficacement l'investigation qu'il fait de l'uvre étudiée
; le second, quant à lui, se concentre sur le style et l'identité
de l'uvre de Romitelli, s'arrêtant entre autres sur
l'usage qu'il fait de la basse, vu
comme un authentique sceau stylistique.
L'étude très développée de Alessandro
Arbo, En-Trance, accompagnera idéalement le mélomane
dans une approche raisonnée du parcours de Romitelli, à
travers un exposé de chacun de ses opus mais également
par une présentation plus approfondie de son esthétique.
Elle est incon-testablement la contribution essentielle de ce livre,
un texte sur lequel chacun reviendra. Aussi préfèrera-t-on
oublier la pâle redite ampoulée
de Albert Castanet (La poétique musicale : de l'extravagans
du matériau
à l'ek-stasis de la psyché), somme de lieux communs
à peine masqués
par un énoncé inutilement alambiqué.
Bertrand Bolognesi
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