jean-philippe rameau
de christophe rousset
Actes Sud / Classica, 2007 - 169
pages
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"Reflets d'un goût qui peut aujourd'hui nous paraître
incongru, les uvres lyriques de Rameau exaltent le raffinement,
voire la sophistication, le dilettantisme et un certain hédonisme
(
), la raison des Lumières et les théories de
l'esprit encyclopédiste". Ainsi se trouve ici présenté,
au terme d'un texte détaillé, l'uvre de Jean-Philippe
Rameau. Il n'est jamais indif-férent qu'un interprète
s'attelle à écrire sur un compositeur qu'il honore
régulièrement. On rencontrera dans ce livre tout en
discrétion autant de précision que de sensibilité.
Tout en établissant un état des lieux de la musique
en France à l'arrivée de Rameau, s'ingéniant
à brosser l'histoire d'un genre - celui de l'opéra,
de la tragédie lyrique, de l'opéra-ballet, etc. -,
Christophe Rousset en vient immanquablement à comparer la
manière de son sujet à celle de Lully, à la
fois plus austère et plus proche des livrets qu'elle utilise.
Il s'interroge également sur la difficulté que l'on
rencontre à jouer Rameau aujourd'hui.
Dijonnais baptisé le 25 septembre 1683, Rameau reçut
probablement
ses premières leçons de musique de son père
organiste. Après avoir
suivi jeune une troupe de théâtre ambulant en tant
que violoniste, il serait organiste à l'église Notre-Dame
des Doms à Avignon et à la Cathédrale de Clermont-Ferrand
à dix-neuf ans. On le retrouve au clavier des Jésuites
de la rue Saint-Jacques en 1706. Malheureusement, ces nombreuses
pièces d'orgue, fixant ses premiers pas de compositeur, ont
été perdues. Il publie son 1er livre de clavecin
avant de succéder à son père, à Dijon
(1709), puis de prendre l'instrument des Jacobins de Lyon (1713).
Deux ans plus tard, il s'implante plus durablement à Clermont
où, tout en composant beaucoup,
il écrit le Traité d'harmonie qui le rendra
célèbre.
De ces prémisses prometteuses, Rousset nous mène
vers les tentatives
et vexations du quarantenaire, véritable génie instrumental,
puis à la créa-tion de son premier ouvrage pour le
théâtre, Hippolyte et Aricie, créé
le 1er octobre 1733. Si ses ennemis - car Paris était déjà
Paris où le talent doit d'abord souffrir la haine des médiocres,
rien n'y a changé ! - firent de cette première tentative
d'un compositeur de cinquante ans un échec, Castor
et Pollux, quatre ans plus tard, aura droit à vingt-et-une
représentations
en six semaines - sans parler de l'enfermement du pauvre Mouret
rendu
fou d'envieuse admiration ! Tout en proposant une approche spécifique
de chaque genre abordé par Rameau - pièces pour clavecin,
musique
d'église, musique de chambre, uvres lyriques (tragédies,
opéras-ballets, comédies, pastorales, actes de ballet
-, l'auteur dresse le portrait du com-positeur, du pédagogue,
du théoricien et de l'homme, en soulignant le caractère
novateur de son uvre (musique et traités). Voilà
un ouvrage aussi précis que dense, étayé de
nombreuses citations, révélant un Rameau vu comme
une sorte de Boulez des Lumières.
Bertrand Bolognesi
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