HISTOIRE DU QUATUOR A CORDES
De 1870 à l'entre-deux-guerres
de Bernard Fournier
Fayard, 2004 - 1293 pages
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Histoire de la musique à travers celle d'un de ses genres
instrumentaux
les plus prestigieux, ce deuxième volume de l'Histoire
du quatuor à cordes étudie l'évolution
de son langage et de ses sonorités, de ses formes et de son
esthétique à partir du moment où, sous l'impulsion
de courants natio-naux, certains compositeurs cherchent à
s'affranchir du modèle viennois
qui avait dominé le quatuor depuis sa fondation par Haydn.
Commencé en Tchécoslovaquie avec Smetana et Dvorák,
le mouvement des écoles nationales imprègne fortement
la production de quatuors
russes (Borodine, Tchaïkovski) et scandinaves (Sibelius). En
revanche, dans une France à l'écart de ce courant
et jusqu'ici assez peu ouverte à la musique de chambre, Franck,
qui embrasse l'idéal beethovénien, entraîne
dans le sillage de sa conception cyclique toute une école
française de quatuors ; Debussy et Ravel s'en émanciperont
en en allégeant le cadre
et en l'éclairant de sonorités neuves.
Mais c'est de Vienne encore que viendra le véritable renouveau
avec cette langue nouvelle dont Schönberg pose les premières
bases, bientôt suivi
par Berg et Webern. Témoin lucide et angoissé de son
siècle blessé,
Bartok réalise une synthèse admirable de la modernité
beethovénienne et de celle de son temps en intégrant
à ces styles savants un style populaire transcendé
en "folklore imaginaire". Autre phare de la modernité
de cette première moitié du XXe siècle, Janácek
invente lui aussi, mêlant musique de la langue et musique
de la vie. Ces compositeurs ont en commun
d'avoir fait de leurs quatuors des chefs-d'uvre "expressionistes"
dans
leur tension entre une subjectivité exacerbée et une
discipline formelle exigeante.
A côté de ces uvres qui dominent leur époque,
la littérature pour
quatuor de ce premier demi-siècle foisonne de partitions
admirables
par leur invention ou la qualité de leur facture, leur force
expressive ou tout simplement leur charme. Dans la mouvance d'un
expressionnisme anti-romantique, certains compositeurs (Hartmann,
Honegger) disent la dou-
leur du monde, d'autres s'échappent dans un impressionnisme
hédoniste, d'autres (Hindemith) découvrent les effets
roboratifs du néo-classicisme, d'autres enfin expérimentent
des possibilités techniques nouvelles com-
me Charles Ives avec la polyrythmie ou Darius Milhaud avec la polytonalité.
Ce répertoire de qualité, aussi abondant que divers,
reste trop souvent méconnu ; cette histoire nous le fait
découvrir.
© Editions Fayard
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