Giacomo Puccini
de Marcel Marnat
Editions Fayard, 2005 - 740 pages
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Issu d'une lignée de musiciens fidèles
à la province de Lucques
(Toscane), d'abord enfant de chur, puis Premier Prix d'orgue,
Giacomo Puccini (1858-1924), aurait pu se contenter de petites uvres
religieuses ou patriotiques, composées à usage local.
Mais à vingt-et-un ans, avec
l'accord de sa mère, il part s'inscrire au Conservatorio
Reale de Milan. Com-me plus jeune à l'école, il s'ennuie
fort dans cette institution mais, très doué, boucle
son cursus avec un an d'avance. C'est l'époque où,
curieux comme jamais de musique, il découvre l'opéra
français (Les Huguenots, Faust, Mignon,
Carmen) dont il se sentira toujours proche, mais déplore
son man-que de moyens pour acquérir des partitions récentes.
Puis vint le temps de Villi, Edgar, Manon Lescaut,
premières pierres d'un édifice dédié
à la quin-tessence du mélodrame. "Que ne suis-je
symphoniste !" écrira-t-il un jour, épuisé
par ce qui paraîtra comme un sacerdoce.
Il y a plus d'un atout au travail de Marcel Marnat. Le principal
est de
détailler la genèse des opéras écrits
par Puccini, ou simplement en projet, d'où la somme de ces
échanges avec son éditeur Ricordi, des reproches
à ses librettistes successifs ou potentiels - comme d'Annunzio,
jugé "trop alambiqué, trop capiteux"
- et l'évocation de personnages aussi variées qu'Aphrodite,
Guillaume Tell, le Roi Lear, Trilby ou Esmeralda. Si l'Italien,
quasi inculte, aura attendu toute sa vie (souvent d'autrui) le bon
sujet à trai-ter, il sait en revanche ce qu'il veut musicalement
: "en finir avec les vieilles carcasses coutumières,
garder l'émotion tout en accédant à des construc-tions
plus modernes". Le créateur se méfie des
sujets historiques, des modes et du pompiérisme, autant qu'il
s'intéresse aux mises en scènes modernes ou à
la première italienne du Pierrot lunaire (Florence,
1921).
De fait, le portrait du compositeur est dépoussiéré
et examiné au grand
jour ; Marnat retire les fausses étiquettes qui s'y collent
par strates depuis des lustres - des accusations de bassesse et
de trivialité dont souffrit aussi Zola, aux associations
injustes avec le vérisme de certains compatriotes, jusqu'à
ces légendes encore colportées de nos jours dans des
ouvrages de "musicologie fonctionnaire (ou blasée)".
Qu'on ait taxé ce bon vivant - fumeur, chasseur, coureur
- de sympathisant fasciste parce que Mussolini avait récupéré
sa Butterfly est déjà ridicule, mais pourquoi
avoir entretenu une image de bon catholique, voire de bigot, quand
l'homme aura vécu
des années avec une femme adultère, que toute son
uvre trahit une vei-
ne anarchisante, et qu'assister aux obsèques de Verdi est
aussi l'occasion d'une visite à une exposition automobile
? Dans ces traits contre la bêtise
et la mauvaise foi, le biographe est bien obligé de citer
Hahn, Saint-Saëns, Dukas et Debussy.
Dernier talent de Marnat : avoir conçu plusieurs îlots
d'annexes - Mondiorama, Comparses, Catalogue
- qui libèrent l'ouvrage de références historico-artistiques
pointues, et le rendent accessible à tout lecteur, com-me
un roman. Ainsi, quand régulièrement une uvre
d'art est analysée,
c'est avec beaucoup de simplicité, et même une certaine
rapidité au regard de l'épaisseur de l'ouvrage - lequel
reste donc, avant tout, l'histoire de la vie d'un homme. L'ensemble
est servit avec un ton souvent savoureux, et on espère que
beaucoup de lecteurs s'amuseront de ses piques adressées
aux "aficionados les plus rétrogrades",
"sopranos mélécasses" et autres "ténors
dégueulants" aux antipodes de l'art puccinien.
Laurent Bergnach
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