Maurice Ohana
de Edith Canat de Chizy & François Porcile
Editions Fayard, 2005 - 600 pages
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A en croire Edith Canat de Chizy et François
Porcile, la première monographie jamais consacrée
à Maurice Ohana - parue en langue an-glaise, il y a cinq
ans - cachait mal ses défauts : informations manquantes,
inexactitudes, et coquilles parsemaient la thèse universitaire
de Caroline Rae. Outre que la compositrice française a été
une ses élèves, gageons détenir, avec ses six
cents pages d'une grande clarté, un témoignage passionnant
et exhaustif de la vie de ce moderne archaïque.
Né en 1913 dans un Maroc sous protectorat français,
d'une mère sépharade de très ancienne origine
andalouse et d'un père citoyen britan-nique originaire de
Gibraltar, élevé par une nourrice gitane dans un environ-nement
de musique berbère, le jeune Maurice prend conscience très
tôt de la richesse des mélanges. Pianiste à
ses débuts, il s'oriente vers la com-position autour de la
trentaine, en particulier grâce à l'étude du
contrepoint avec Daniel-Lesur. Viennent ensuite les années
de guerre et son engage-ment dans l'armée britannique durant
lequel cinq partitions ne le quittent pas : Prélude à
l'après-midi d'un faune et Trois nocturnes (Debussy),
Les Tréteaux de Maître Pierre et Concerto
pour clavecin (de Falla), Concerto pour la main gauche
(Ravel), enfin - trois compositeurs dont il aura
souvent rappelé l'influence.
En 1947, avec deux élèves de Daniel-Lesur, il fonde
le groupe Zodiaque,
qui souhaite un retour aux sources, refusant les carcans du sérialisme
au-tant que ceux du néo-classicisme. Autre date importante,
sa découverte des spectacles donnés par l'Opéra
de Pékin à Paris, en 1953 :
"ce choc a déclenché en moi l'idée
que le théâtre pouvait être lié au corps
humain, la musique motivée par le geste et que l'acteur devait
être à la fois comédien, mime et chanteur, voire
même acrobate".
Comme nul autre de sa génération, Ohana a écrit
pour le ballet, la radio,
le film d'animation, etc., se tournant vers l'ethnomusicologie,
les nouveaux acquis de la lutherie (la guitare à dix cordes)
ainsi que ceux de l'informati-que (initiation à la musique
concrète de Pierre Schaeffer). Sa disparition, le 13 novembre
1992, suit de quelques mois celle de Messiaen et de Cage.
Comme si cette chronologie n'était déjà précieuse,
les auteurs poursuivent intelligemment leur présentation
avec les chapitres territoires, abécédaire
et résonances, qui détaillent certaines facettes
du compositeur - le goût pour le clavecin et la percussion,
l'aversion pour le bel canto, le travail sur la distan-ciation
théâtrale, le rêve d'anonymat, le désir
de contradiction - et donnent la parole à certains proches
(Aperghis, Dutilleux, Lejet...). Avec quelques textes de la main
d'Ohana, l'ouvrage se termine par un catalogue de ses uvres,
établi par Canat de Chizy et Porcile en fonction du début
de leur mise en chantier, d'où un classement chronologique
original dont ils garantissent, autant que faire se peut,
l'exactitude. Les informations d'usage sur la date de création,
la durée et l'instrumentarium s'accompagnent de commen-taires
plus destinés à orienter l'écoute qu'à
faire figure d'analyse musicologique.
Laurent Bergnach
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