Gerard Mortier / L'opéra réinventé
de Serge Martin
Naïve, 2006 - 160 pages
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Parcours musique, nouvelle collection dirigée par
le critique musical
Serge Martin, souhaite faire connaître et aimer cet art à
travers les divers métiers et personnalités qui le
font vivre. Aujourd'hui, c'est le parcours de Gerard Mortier qui
nous est proposé. L'homme naît à Gand le 25
novembre 1943, dans une Flandre tout à la fois cléricale,
paysanne et marchande. Ses humanités chez les pères
jésuites lui apportent des références classiques
autant qu'un regard sur la culture allemande, tandis que sa fréquentation
hebdomadaire du Nouveau Théâtre de Gand le mène
peu à peu à l'Opéra. Dans les années
60, étudiant en droit et en communication, on le retrouve
spectateur dans des lieux européens incontournables. Puis
ce sont les années de formation au métier de directeur
artistique, notamment en Allemagne, de 1972 à 1979, qui le
conduiront à La Monnaie (1981-1992),
à Salzbourg (1992-2001), puis à inventer la Ruhr
Triennale (2002-2004) avant de devenir, depuis septembre 2004,
directeur de l'Opéra national de Paris. Rappelons que Mortier
ne découvre pas la grande boutique puisqu'il
y fut chargé de mission sous Liebermann et Gall de 1979 à
1981 et parti-cipa activement au projet de l'Opéra Bastille.
Pour qui souhaiterait mieux connaître l'engagement anticonformiste
d'un pape de la culture, ce livre revient en détail
sur les collaborations du Gan-tois (von Dohnányi, Cambreling),
mais surtout sur La méthode Mortier : changer les
modes de fonctionnement des théâtres pour les optimiser
avant d'amener des bouleversements artistiques - comme encourager
le répertoire du XXe siècle principalement, avec des
commandes à Adams, Boesmans, Laporte, etc.. Du coup, les
réticences éclatent de la fosse au poulailler et le
rénovateur, ranimant quelques blessures d'amour propre, rappelle
nombre d'accusations plus ou moins fondées, de même
que certaines tentatives avortées. On rêve à
ce qu'auraient pu donner Domingo en Peter Grimes, Woody Allen à
la tête de Così, et l'on souhaite vraiment
que Keenlyside aille au bout du projet Wozzeck, que Hans-Peter
Kyburz
se laisse convaincre d'écrire un opéra.
A l'aube de sa troisième saison parisienne, Gerard Mortier
peine encore à emballer un public dont il semble se lasser.
Il dit le Français râleur, conser-vateur, et n'en peut
plus des journalistes douteux - on peut le comprendre, déjà
que certains n'arrivent pas à orthographier son prénom
! Cet ouvrage bienvenu pourrait-il réconcilier tout ce petit
monde ? On en doute ; car indépendamment de son travail,
cet humaniste polyglotte, petit dormeur, grand lecteur, agace autant
qu'il séduit en se trouvant continuellement au cur
de batailles de chiffres (avec Arte, tout dernièrement) et
de situations ambigües. Un seul exemple : comment peut-on réserver
l'exclusivité de
sa nouvelle saison à la Presse Musicale Internationale et
refuser ensuite l'accès de sa salle à certains de
ses membres ? On songe à cette nouvelle de Jean Ray dans
laquelle un châtelain se plaint du manque d'amis alors qu'il
a lui-même attaché un dragon au pont-levis, et on se
dit que la nature humaine n'en finit pas d'étonner.
Laurent Bergnach
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