Gustav Mahler
de Stéphane Friédérich
Actes Sud / Classica, 2004 - 128
pages
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"Bohémien parmi les Autichiens, Autrichien parmi
les Allemands et juifs parmi tous les peuples du monde ",
c'est ainsi que ce définira lui-même Gustav Mahler,
pour donner une idée de son sentiment d'isolement et d'incompréhension.
Deuxième enfant d'une tribu de quatorze (dont huit mourront
en bas âge), le petit Gustav naquit le 7 juillet 1860. Il
grandira
dans un climat familial tendu, et devra toute sa vie faire face
à la mort de
ses proches, souvent des suites d'une maladie : son frère
préféré, Ernst, meurt quand ils sont adolescents,
sa sur Leopoldine et sa mère en
1889, jusqu'à sa propre fille Maria, (surnommée "Putzi"),
disparue avant d'avoir cinq ans, en 1907. Son mariage ne sera pas
non plus une réussite puisque Alma, souffrant de passer du
rôle d'égérie de la Secession à
celui de femme au foyer écrasée par un mari souvent
maladroit, un créateur qui vit presque en ermite, finira
dans les bras de Walter Gropius.
Voilà pour le pathos. Mais Malher, c'est aussi un artiste
musical des plus complets. Dans une époque où les
esthétiques de Wagner et de Brahms s'affrontent, le jeune
musicien forme son goût par le biais de concerts et d'opérettes,
de leçons de musique et de piano, avant de s'inscrire au
Conservatoire de Vienne, en 1875. Elève doué, curieux
de philosophie et d'histoire littéraire (ce que prouvent
ses différents cycles de lieder), il achè- vera Die
Drei Pintos de Carl Maria von Weber, mais aucun de ses propres
projets d'opéras, commencés entre 1877 et 1880. Plus
à l'aise avec la composition de symphonies - "construire
un monde avec tous les moyens techniques existants" -,
il en achèvera neuf sans réel succès publique,
en parallèle de sa carrière de chef d'orchestre.
Opéra de Cassel, Théâtre de Prague, Opéra
royal de Budapest, Opéra
de Hambourg... jusqu'au Metropolitan à la fin de sa vie,
Mahler passera
d'un établissement à l'autre, comme autant de places
fortes qu'on assiège.
En effet, confronté à certaines pratiques traditionnelles,
bon sens et idéal musical veilleront à faire le ménage
ici et là : remise en question des pri-vilèges du
personnel (diva comprise), unification des langues au sein
d'une même production, opéras de Wagner montés
sans coupures, inter-diction de la claque, soutien de Salomé
contre la censure, etc. Dans ses combats, il aura parfois des alliés,
comme le metteur en scène Alfred Roller, mais généralement,
alors même que des musiciens comme Rimski-Korsakov, Sibelius
ou Stravinsky auront du mal à comprendre l'esthétique
mahlérienne, une ribambelle d'administratifs se succèderont
pour l'évincer. Sa dernière bataille, contre une endocardite
à streptocoques, mettra un terme forcé à ces
tracas, le ramenant de New York à Vienne, où
il s'éteindra le 17 mai 1911.
On le sait maintenant, la collection Actes Sud / Classica se veut
synthétique, donc forcément décevante pour
le mélomane aguerri. Cependant, pour qui ne connaîtrait
rien à la vie du compositeur viennois, l'ouvrage de Stéphane
Friédérich s'avère passionnant. Choisissant
de ne pas recourir à des ana-lyses musicales détaillées,
il s'attache à l'humain plutôt qu'à l'uvre,
livrant des pistes d'une vie à creuser davantage (le rencontre
avec Freud, par exemple) par des lectures complémentaires.
En ce sens, le but annoncé par la quatrième de couverture
est atteint : tenir entre ses mains l'outil idéal d'initiation
à la musique de Mahler.
Laurent Bergnach
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