Jean-Baptiste Lully
de Vincent Borel
Actes Sud / Classica, 2008 - 156
pages
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Fils de meunier florentin - comme le rappelle facilement
ses ennemis -,
ce n'est pas au vent mais au Soleil que Jean-Baptiste Lully doit
fortune et renommée. Né le 28 novembre 1632 sous le
nom de Giovanni Battista Lulli, l'adolescent sort de l'ombre en
entrant au service de la Grande Mademoi-selle, nièce de Louis
XIII, bientôt condamnée à l'exil pour avoir
soutenu La Fronde. Répétiteur d'italien, pitre et
baladin, c'est dans une époque hostile
à son pays d'origine (donc à Mazarin, aux castrats,
etc.) qu'il se forme au style musical français en général,
à l'orgue et au clavecin en particulier. Après une
première composition datant de 1652, il devient le compositeur
préféré de Louis XIV qui lui épargne
d'acheter une charge, lui accorde la création des Petits
violons et lui pardonne ses effronteries. Moins de dix
ans plus tard, en même temps qu'il est nommé surintendant
de la Musique, Lulli devient Lully et collabore avec Molière
pour la conception de comédies-ballets dispendieuses.
En 1669, l'officialisation de l'opéra entraîne le
compositeur, bon connais-seur de Cavalli, vers de nouvelles recherches
et richesses. Grâce au travestissement de cette invention
italienne, malgré intrigues et cabales pour le faire chuter,
le zénith de sa carrière est atteint de 1673 à
1683. Dans une cour qui se rapproche de Dieu avec son roi, il faudrait
la mort de Colbert (un appui) et celle de la reine (imposant un
deuil fatal aux spectacles sen-suels) pour fragiliser le créateur
avant sa disparition, en 1687.
Nous l'avons déjà signalé : souvent liées
à l'actualité parisienne,
les livraisons de la collection Actes Sud/Classica, sont de qualité
très variable. Mais l'année commence avec un bon cru.
Outre qu'il nous présente un portrait attachant de l'artiste,
Vincent Borel parvient à nous intéresser aux évolutions
politico-esthétiques de l'époque. Au détour
d'un paragraphe, il évoque avec concision les vies de Benserade
et Quinault (premiers libret-tistes de Lully), l'histoire des Violons
de la Chambre du Roi, l'origine du ballet de cour et la professionnalisation
de la danse, etc. Le dernier chapi-tre, résumant l'héritage
économique et culturel du musicien, clôt un livre brillant
comme un essai, passionnant comme un polar.
Laurent Bergnach
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