Liszt transcripteur / Schubert et l'infini
de Jacques Drillon
Actes Sud, 2005 - 208 pages
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Enseignant puis journaliste, Jacques Drillon a écrit
une quinzaine d'ouvrages assez divers - littérature, esthétique,
musique... Le présent ouvrage réunit deux essais fort
intéressants parus respectivement en
1986 et 1996, qui cherchent à répondrent à
ces questions : Pourquoi
Liszt a-t-il transcrit tant de musique (plus de la moitié
de son catalogue) ? Pourquoi Schubert a-t-il abandonné tant
d'uvres avant terme ?
Contrairement à une légion de paraphraseurs,
Liszt a su faire naître
de ses transcriptions pour piano autre chose que des pots-pourris.
Qu'il choisisse d'aborder les lieder ou les symphonies, les variations
produites sont proches de l'art, sans doute parce qu'il se mesure
aux plus grands (Schubert, Beethoven, Chopin, etc., sans oublier
Bach qui lui résiste).
Drillon analyse finement les stratagèmes inventés
par Liszt pour parvenir
à ses fins, comme le choix du lied idéal, les modifications
apportées, les substitutions opérées, les concessions
face à un instrument qui ne con-
naît pas le legato et ne tient pas les notes... Occupé
à peindre une fresque sur l'espace d'une miniature,
le Hongrois faisait plus que favoriser la circu-lation de certaines
uvres nouvelles ou passées : il les faisait admettre.
Schubert est de ceux qui ne prétendent pas
posséder la Vérité ; sans
cela, il n'aurait pas privilégié la forme brève,
qui évacue tout développe-ment, tout contrepoint complexe
au profit d'une idée simple, musicale
et poétique. Lorsque la composition n'est pas instantanée
comme
pour le lieder, Schubert abandonne facilement (d'après l'annexe
établie
par l'auteur, plus d'une centaine d'uvres, de la sonate au
théâtre en
passant par la symphonie). Affligé de la maladie de ceux
qui ne peu-
vent pas finir - comme le dit Debussy de lui-même -, Schubert
nous
séduit, nous ses frères en solitude, faiblesse et
lassitude...
Laurent Bergnach
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