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jacques lenot, utopies &
allégories
entretiens avec frank langlois
Editions MF, 2007 - 155 pages
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Après Adès, Benjamin, Boulez, Fénelon
et Manoury, la collection Paroles
des éditions MF (Musica falsa) s'entretient aujourd'hui
avec Jacques Lenot. Ce petit volume de Frank Langlois constitue
le premier livre sur le composi-teur français. Sept chapitres
nous introduisent dans un univers que sécrè- tent
des rituels graphiques sans que la notion de couleur le visite.
Regards sur l'écriture évoque la technique
des paramètres bloqués dans le rassurant souvenir
de Donatoni, mais aussi la lecture, celle de Proust et de la Bible,
avant que le musicien décrive sa propre manuscription qu'aucun
ordinateur ne saurait remplacer, pour de vraies raisons pratiques.
Langage musical aborde le système obsessionnel
avec lequel Jacques Lenot compose de-puis trente ans sans s'y
trouver enfermé. Après avoir précisément
redéfini les notions d'harmonie, de forme, d'architecture
ou de mouvement - une seule et même chose selon lui -, il
s'explique sur l'influence que prit Gruppen (Stockhausen)
sur son propre travail, puis sur la fréquentation
de Bussotti qui lui permit de dépasser un ressenti castrateur
à l'audition intégrale des Klavierstücke
- "Stockhausen est un monument qui m'a longtemps paralysé".
C'est dans cette partie que brille la clé de l'uvre
de Lenot, lorsqu'il parle des tombeaux - "J'ai construit
l'essentiel de mon uvre sur le deuil".
On quitte soudain le dialogue pour une suite de données
factuelles mono-loguée, voire d'anecdotes où l'artiste
ne livre plus grand'chose, dans Piano et orgue. Il fallait
s'y attendre : depuis le début, l'interview laissait pressentir
qu'il se déroberait. Sur ses pages organistiques et pianistiques,
nous
lirons donc une bibliothèque de notices. Plus détaillé
se trouve son rapport à l'orgue, Lenot réglant volontiers
quelques comptes avec le clergé avant
de rendre hommage à plusieurs organistes et de rappeler son
immersion dans le monde de l'instrument lors d'une sorte de retraite
vécue dans le Gers, près de l'atelier d'un facteur
d'orgue. Da camera mâtine le même principe de
notices à quelques investigations plus larges.
Parce que la musique de Jacques Lenot surgit en 1966 par des uvres
pour grand effectif, la cinquième journée de
ces entretiens est consacrée à l'Orchestre.
Le dialogue reprend, nous apprenant, entre autres, que Tristan
und Isolde (Wagner), Cosi fan tutte (Mozart), Le Sacre
du Printemps (Stra-vinsky), Oiseaux exotiques (Messiaen),
le 2ème Concerto pour piano de Bartók, le premier
mouvement du 1er Concerto pour violon de Prokofiev, Gruppen
(Stockhausen) et Le Soleil des eaux (Boulez) furent "les
piliers de mon apprentissage autodidacte de l'écriture pour
l'orchestre", outre la place nourricière
que tiennent Stravinsky et Webern et les révélations
intimes de
la musique de Szymanowski. Grand lecteur de Jaccottet, Hölderlin
et Rilke, Lenot entretient un rapport privilégié avec
la poésie. À Salzbourg, en 1972,
il découvre la vibration particulière de l'opéra,
à travers ceux de Mozart et de Strauss. Voix et opéras
revient sur les premières tentatives - Oper'avvanti,
Le mariage obscur et Un enchaînement prolongé
de la grâce - et se fixe
sur J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie
vienne [lire notre
chronique du 29 janvier 2007] dont les neufs scènes sont
clairement présentées. Pour finir, quelques éléments
biographiques, avec Regards
sur soi. Plus qu'une étude approfondie, cette publication
est une invitation
à l'écoute.
Bertrand Bolognesi
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