Leo Janácek
de Jérémie Rousseau
Actes Sud / Classica, 2005 - 140
pages
|
Né en 1854 dans une Moravie alors dominée par l'empire
austro-hongrois, Leo Janácek va devenir une des personnalités
les plus complexes, les plus rebelles au compromis. Un caractère
entier et intransi-geant l'entraîne, durant toute son existence,
à de nombreuses oppositions : à la langue germanique
envahissante, alors qu'il est d'un patriotisme exa-cerbé
(il créé notamment le Club des compositeurs moraves);
au romantis-me qui a survécu au XIXe siècle lorsqu'il
découvre son vrai style, à l'arrivée de la
cinquantaine ; à la religion - "Les cérémonies,
les prières, les chants : mort et encore mort. Je ne veux
rien avoir à faire avec cela". On pourrait lui reprocher
sa Messe glagolithique (1926) ou une adaptation en allemand
de sa Jenufa, demandée à Max Brod, mais la
première est quasiment athée, tandis que la seconde
était une stratégie pour faire accepter une musique
qui participe à l'essor de la nation tchèque.
L'homme n'est pas heureux en ménage, pas plus qu'avec ses
interprètes - rappelons le drôlissime "Messieurs
dames, ce n'est pas mon uvre que
l'on a joué ce soir" -, avec le directeur de l'Opéra
de Prague et, en admira-teur de Chopin et Dvorák, avec l'impressionnisme
français et l'atonalité viennoise. Si une certaine
fidélité à la Russie traverse son uvre,
sa car-rière ne compte pas d'alliance avec un écrivain
ou un chorégraphe en par-ticulier. Enfant de la campagne,
Janácek préfère finalement la compagnie des
arbres et des animaux à celle des hommes. Les femmes, en
revan-che, continuent longtemps de l'intéresser
Une fois de plus, la collection Actes Sud / Classica nous offre
l'essentiel, mais on reste sur sa faim. Outre une présentation
de l'homme publique
et privé - qui eut le soulagement, avant de s'éteindre,
de voir naître la Répu-blique de Tchécoslovaquie
- Jérémie Rousseau analyse judicieusement
les différents opéras du compositeur. Cependant, quel
gâchis d'avoir consacré autant de pages à une
liaison platonique avec la dénommée Kamila !
Laurent Bergnach
|