Leo Janácek
de patrice royer
Bleu Nuit Editeur / collection Horizons,
2004 - 176 pages
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Le 12 août 1928 dans sa maison de campagne de Hulvaldy, un
village
des Beskides, région située au nord-est de la Moravie,
s'éteignait un grand maître à l'écriture
tout à fait personnelle : Leo Janácek, laissant
un dernier opéra - dont on ignore s'il l'estimait lui-même
réellement achevé - De la maison des morts,
d'après les récits de détention de Dostoïevski.
Durant cette saison, on pourra aisément fêter le cent-cinquantenaire
de la nais-sance (3 juillet 1854) du compositeur, grâce à
une programmation qui lui fait honneur sur les scènes françaises
: Jenufa à Toulouse, Katia Kabanova à
Garnier, De la maison des morts à Bastille, et la
venue à Lyon des trois productions de Glyndebourne, signées
Nikolaus Lehnhoff : Katia Kabanova, Jenufa et Vec Makropoulos.
Après la lecture récente du Dvorak : le génie
d'un peuple de Guy Erismann, la biographie de Janacek que présente
aujourd'hui Patrice Royer en poursuit assez logiquement les investigations,
nous transportant à Brno, ville industrielle alors typiquement
allemande de Moravie, dont la vie culturelle est plus tournée
vers Vienne que vers Prague, et que la question de l'identité
nationale tchèque ne touchera qu'en dernier lieu. Cet ouvrage
s'avère plutôt bien documenté, et se structure
très claire-ment. On suivra les premiers pas de l'enfant
Leos jusqu'aux premiers billets du jeune critique Janacek, pour
peu à peu rencontrer le musicien qui devait réaliser
ses plus belles pages dans les onze dernières années
de sa vie. L'auteur brosse les aléas d'une carrière
difficile jalonnée de nombreux échecs, à travers
un portrait dans lequel l'homme Janacek nous est montré sans
complaisance, avec ses côtés peu gracieux, antipathiques
et parfois tout à fait ingrats. Toutefois, s'il réunit
une bonne documentation, des présentations cohérentes
des uvres, dynamisées par une iconographie foisonnante,
on ne retrouve pas dans ce livre l'efficacité du Borodine
paru chez le même éditeur : le musicien tchèque
ne nous est pas plus familier avant qu'après la lecture,
et l'approche de sa musique ne s'en trouve guère éclairée.
On en prendra donc connaissance principalement pour en recuei-llir
les données, en passant sur un style maladroit qui interdit
une lecture fluide. Cette biographie ne saurait remplacer celle
d'Erismann :
Leos Janacek ou la passion de la vérité, parue
au Seuil il y a un peu
plus de vingt ans.
Bertrand Bolognesi
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