claude helffer,
la musique sur le bout des doigts
Entretien avec bruno serrou
Michel de Maule / INA, 2005 - 292
pages
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C'est sous les doigts de Claude Helffer que toute une génération
de mélomanes a découvert les grandes pages du piano
du 20ème siècle,
qu'il s'agisse des Sonates de Boulez, de ses intégrales Bartók,
Debussy, Ravel et Schönberg ou d'enregistrements épars
parmi lesquels comptèrent particulièrement les Archipels
d'André Boucourechliev, le Cahier d'Epigram-me de
Gilbert Amy ou Cryptophonos de Philippe Manoury. Suivant
avec passion la création contemporaine, c'est tout naturellement
que le critique musical et journaliste Bruno Serrou a réalisé
cette série d'entretiens avec
le musicien.
Quelques éléments de biographies permettront au lecteur
de mieux appréhender l'homme Helffer, mais aussi l'interprète.
Né en 1922 dans
une famille de musiciens amateurs, il pratiquera dès avant
ses dix ans la musique de chambre, à travers trios, quatuors
et quintettes, qu'il joue avec sa mère violoniste et son
grand-père violoncelliste, scellant ainsi précoce-ment
la saine habitude du déchiffrage. Il prendra des leçons
de piano auprès de tante Rosalie, apparentée à
Robert Casadesus qui deviendrait plus tard son maître, l'un
de ceux qui ne prodiguent guère de conseils tech-niques et
ne s'occupent principalement que de musique. C'est sur un lit d'hôpital,
que l'adolescent lirait tous les quatuors de Beethoven, se formant
peu à peu à entendre intérieurement les lignes
que suivent ses yeux. Sans être passé par le conservatoire,
il donnerait son premier récital en avril
1948 ; ces débuts furent heureux, mais par la suite, la critique
soulèvera à juste titre des problèmes techniques
; de fait, le jeune homme travaillerait d'arrache-pied des études
strictes. C'est dans ces années que naîtra le duo qu'il
formera jusqu'en 1956 avec le violoncelliste Roger Albin, une expérien-ce
qui lui apporterait beaucoup. Puis, pendant deux ou trois ans, il
étudie l'harmonie et le contrepoint avec René Leibowitz.
De fait, rien d'étonnant à
ce que la première uvre moderne qu'il joue en
public ait été la Sonate
Op.1 de Berg ! Bientôt arriveraient Pierrot lunaire
et le Concerto de Schön-berg. C'est l'occasion de dresser
un état des lieux des trois clans musicaux de l'après-guerre
- Leibowitz et les Temps modernes, Olivier Messiaen et ses élèves,
Nadia Boulanger et Stravinsky - qu'il fréquenta avec le même
enthousiasme - "Dans notre boulimie de culture, nous
prenions tout ce
qui se présentait, y compris la philosophie indienne !".
Bien sûr, Claude Helffer (qui s'est éteint il y a
tout juste deux ans) avait beaucoup à nous dire de son expérience
au Domaine Musical. Outre qu'il reprécise le rôle de
la Radio et l'action de Tardieu, alors à la tête du
Club d'essai, tout dévolue à l'avant-garde musicale,
il évoque le talent et le savoir-faire de Hermann Scherchen,
l'honnêteté de l'entreprise et la personnalité
attachante de Pierre Boulez, "l'un des chefs qui m'a le
plus appris". Sans s'appesantir sur des anecdotes ou des
polémiques, ses entretiens s'ou-vrent rapidement sur l'engagement
du pianiste à défendre la musique de son temps, qu'il
s'agisse de son amour pour l'uvre de Bartók ou de son
attachement à la musique de Boucourechliev, en passant par
une brève analyse de ce qui lui plait le plus dans le Concerto
de Bruno Maderna, de l'énigmatique langage de Jean Barraqué
et de l'univers bien construit de Michael Jarrell, des Stances
que lui dédia Betsy Jolas et de son intérêt
pour les Quatuors de Pascal Dusapin, sans oublier le compte-rendu
tru-culent autant que tendre des soucis de livraison de partitions
de Xenakis dont la lecture lui aura valu de porter des lunettes
(cf. Page177).
Ce volume, que prolonge un DVD-Rom comprenant l'intégralité
de cette rencontre (quelques 12h16), accorde un chapitre au quotidien
d'un pianis-
te, à la vie d'un concert, son menu, ses bis, etc., où
sont aussi évoquées
les relations de Helffer avec d'autres pianistes. Plus loin, il
affirme que
ce qui lui importe, c'est principalement de servir au mieux la pensée
des compositeurs, et l'on croisera quelques conseils à un
jeune pianiste
- "je crois au travail lent, où l'on ne cesse de
revenir sur la même chose,
de reprendre les uvres comme si on ne les avait jamais étudiées",
avant d'aborder directement la pédagogie.
Bertrand Bolognesi
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