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Actes Sud / Classica, 2005 - 255
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La collection de poche Actes Sud / Classica réédite
cet ouvrage paru en 1910 chez Alcan, et rendu disponible par Albin
Michel en 1951. On connaît
le goût de Romain Rolland pour les vastes fresques biographiques
et les uvres fleuves, comme sa monumentale monographie de
Beethoven, sa grande thèse sur l'Histoire de l'opéra
en Europe avant Lully et Scarlatti, etc. L'un des premiers français
à évoquer les uvres de Richard Strauss et Hugo
Wolf, le penseur devait se pencher sur la destin de Georg Friedrich
Händel, compositeur sur lequel le début du 20ème
siècle avait une vue assez fausse et, par conséquent,
ne tenait pas en très haute estime. Bien que gentiment soumis
à un relatif conformisme moral et dominé par une naïveté
un rien désuète qui n'a pas toujours en main les données
d'une connaissance véritablement scientifique de certains
aspects de son sujet, ce livre, intéressant à plus
d'un titre pour celui qui désirerait en apprendre sur Romain
Rolland, brosse un portrait attachant et peut-être pas tant
romanesque qu'on pourrait le croire du Grand Saxon. Certaines considé-
rations sur les parentés de style entre Zachow et Händel
sont certes hasar-deuses, les comparaisons, images et métaphores
emphatiques sont plu-tôt délicieuses, mais l'effort
pour évoquer le climat particulier de piétisme
de l'Université de Halle où Händel fit ses classes
de droit, par exemple,
est louable. Le lecteur n'apprendra guère plus ici qu'en
parcourant l'étude
de Jonathan Keates, mais dans un ton qui met en quelque sorte à
sym-pathique portée de main le Kapellmeister hambourgeois
Reinhard Keiser (1674-1739), "un Mozart de la 1ère
moitié du 18ème siècle", Hasse et
les symphonistes de l'Ecole de Mannheim, le compositeur, théoricien
et criti-que de la musique allemande Johann Mattheson (1681-1764),
et Händel lui-même, bien sûr, en suivant pas à
pas la création de ses opéras, Almira, Nerone,
Rodrigo, et les Cantates romaines de 1708, jusqu'aux
dernières uvres pour le théâtre, comme
Deidamia.
Le compositeur devient ici une sorte de héros poursuivi
par la malchance qui serait tardivement reconnu par l'Irlande grâce
au Messie, puis enfin par les anglais avec son Juda Macchabeus
qui, en 1744, finit de faire de lui le musicien officiel qu'il voulait
être, avec un succès et une estime qui ne seront désormais
plus discutés - il a soixante et un ans ! Enfin, sa lutte
pour la survie financière s'achève, et sa popularité
gagne les couches bourgeoises de la société anglaise.
L'auteur s'interroge assez pertinem-ment sur les années qui
suivront la mort de Händel, le 14 avril 1759, pré- sentant
des exécutions déformant affreusement son uvre,
comme celles du Messie, joué par trente-trois musiciens
et vingt-trois chanteurs de son vivant, voyant à chaque concert
ces chiffres augmenter - cette délirante inflation atteignant
quatre mille participants en 1859, au Festival du Crystal Palace
de Sydenham ! C'est grâce à la fondation de la Händelgesellschaft
en 1856 que put perdurer l'uvre händelienne, jusqu'à
sa redécouverte au temps de Romain Rolland, puis lors du
renouveau baroque que l'on sait. Enfin, la dernière partie
du livre s'emploie à tirer certaines conclusions
sur l'esprit Händel, les écoles européennes de
l'époque, etc., avec force préjugés et idées
toutes faites, même s'il n'est certainement pas faux que l'on
puisse considérer toute l'uvre de Händel comme
de la musique de théâtre. Pour finir, Romain Rolland
désigne Beethoven comme
continuateur de Händel !
Bertrand Bolognesi
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