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Actes Sud / Classica, 2007 - 256
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Timothée Picard aurait pu appeler son ouvrage Le cas
Gluck, tant il
dépasse la simple biographie, à l'instar de tant d'autres
- souvent très scolaires - proposés par la collection
Actes Sud / Classica. Sans préten-
dre renouveler les connaissances factuelles relatives au compositeur
et à son uvre victimes de préjugés plus
ou moins fondés, son étude
très documentée s'attache à saisir l'esthétique
de l'opéra au XVIIIe
siècle et la série de débats animés
qu'elle déclencha.
Alors que la Querelle des Bouffons est encore dans les mémoires,
et
qu'il fait son entrée dans une France hostile à Marie-Antoinette,
Christoph Willibald Gluck (1714-1787) est au centre de rivalités
sur fond de défense nationaliste : on dresse contre lui le
modèle de l'opéra français légué
par Rameau, puis on l'oppose à Piccinni dans un combat germano-italien
- dont même Mozart aurait à souffrir.
S'il a des défenseurs sensibles à la portée
européenne de son art (grâce
à sa formation à Milan et aux adaptations d'opéras-comiques
parisiens réalisées à Vienne), admiratifs de
sa maîtrise de la tension dramatique,
le Bohémien compte aussi des opposants virulents qui lui
reprochent
pêle-mêle sa science froide, sa sécheresse, sa
monotonie, son côté cérémonial ou au
contraire son excès d'expressivité et d'émotion,
son attachement au cri de l'homme qui souffre.
En définitive, l'uvre de Gluck dérange car
elle propose un véritable bouleversement dans la conception
et la manifestation de la sensibilité. Contre la gratuité
du chant italien ("longs gazouillis" et "jolies
chanson-nettes" dénoncées par certains),
sa musique de l'âme met en question
la notion d'imitation, fondatrice du système de l'art occidental,
se voulant autre chose qu'une représentation du monde. Avec
Gluck, nous entrons dans l'ère de la musique spiritualiste.
Laurent Bergnach
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