Paul Dukas
de Simon-Pierre Perret
& Marie-Laure Ragot
Fayard, 2007 - 560 pages
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Rendu populaire grâce à un Apprenti sorcier qu'immortalisera
Walt Disney, Paul Dukas est par ailleurs bien mal connu. Et pour
cause : enfant d'une sensibilité extrême se réfugiant
dans la bouderie plutôt que dans la révolte, l'homme
qu'il devient cultive le repli sur soi, la discrétion, voire
le mystère -
"Je ne dois au public que mes ouvrages" dit-il,
hostile au portrait photogra-phique. La perte successive de nombreux
proches explique en partie une certaine mélancolie : sa mère
tout d'abord (en 1870, alors qu'il n'a que quatre ans et demi),
son frère Adrien (1907), Albéniz (1909), son père
(1915), Debussy (1918), l'éditeur Durand (1928), d'Indy (1931),
jusqu'à
Jean Cartan, étudiant prometteur, mort de tuberculose (1932).
En même temps - et au point qu'on ne le reconnaît pas
-, le sauvage s'épanouit au cours d'agapes amicales
propres à l'échange culturel, loin de toute mé-
diocrité. Paradoxal aussi est ce contraste entre l'homme
présenté dans sa tour d'ivoire, sur lequel on imagine
ne rien apprendre, et le musicien dont Simon-Pierre Perret rapporte
la carrière en détail, dans un style très vivant,
et presque au jour le jour en ce qui concerne la course au
prix de Rome
ou les années Ariane et Barbe-Bleue - des discussions
avec Maeterlinck
et Georgette Leblanc (le rôle-titre) jusqu'à l'accueil
par la presse, les confrères, la cabale et les Chevalier
d'Ariane.
Né en 1865, au moment où s'esquisse le renouveau
de la musique fran- çaise, Dukas est un élève
médiocre qui peine à rendre un travail dans les délais
imposés. Se sentant prédestiné à une
carrière musicale - "je tétais ma nourrice
en mesure (à 9/8)" -, il préfère se
concentrer sur la composi-tion. On l'inscrit au Conservatoire mais,
là encore, l'enseignement ne
l'intéresse guère. Trois ans après son inscription,
son professeur d'har-monie Théodore Dubois note avec indignation
: "Nature très ordinaire. A
en horreur les études scholastiques. Chaud partisan de la
nouvelle école.
Ne lit que Wagner. Compose mais ne sait pas écrire".
A l'époque, Dukas admire aussi Gluck, Berlioz et Beethoven
- nom qui reviendra souvent
dans les analyses de sa musique.
Eternel insatisfait, Dukas a peu publié ; en deuxième
partie d'ouvrage, commentant les uvres léguées
à la postérité, la musicologue Marie-Laure
Ragot en recense moitié moins que celles qui furent perdues,
détruites ou avortées. Pourtant, les activités
musicales ont occupé l'homme toute sa vie, dont certaines
- sa réputation grandissant plus vite que son capital - accep-tées
par simple instinct de survie : transcriptions pour piano (La
Walkyrie, Samson et Dalida, etc.), révisions,
orchestration, cours au Conservatoire, inspections abrutissantes
en Province, jusqu'aux jugements confidentiels ou publics (art fané
de Chausson, style mondain de Gounod, ordure à
la Paladilhe
) développés par une activité
de critique qui le replonge dans
les angoisses scolaires et finiront par être empreints de
la nostalgie du passé. La guerre ayant alimenté son
spleen, Dukas détruit la majorité
de ses papiers avant de s'éteindre en 1935, et écrit
: "Je suis content de
n'avoir plus d'avenir et le présent me semble un chaos d'où
doit sortir
un monde avec lequel nous n'aurons rien à faire".
Laurent Bergnach
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