Donizetti
de Philippe Thanh
Actes Sud / Classica, 2005 - 184
pages
|
Rien ne laissait présager que Gaetano Donizetti,
né en 1797 dans
un milieu modeste, deviendrait - surtout après la mort de
son rival Bellini -,
le compositeur italien le plus joué de son temps. Surnommé
Dozzinetti par les Napolitains (en référence
à sa productivité), caricaturé avec une partition
en cours sous chaque main, l'élève de Mayr possède
un catalogue comp-tant plus de sept cent uvres, des quatuors
à cordes de jeunesse aux opéras qui firent sa fortune
et sa renommée. Des soixante-dix écrits, on en connaît
à peine une poignée : Lucia di Lammermoor,
Don Pasquale, L'Elisir d'amore, La Fille du régiment
Près de la moitié fut destinée à sa
Naples d'adoption, et il accompagna le reste de ses créations
dans nombre d'au-tres villes, de Gênes à Venise, de
Palerme à Milan. Dirigeant le Théâtre-Italien
de 1824 à 1830, il contribua à faire mieux connaître
le bel canto
aux Parisiens.
S'il est connu pour ses succès, Donizetti dut
aussi faire face aux impré-
vus professionnels - librettiste en retard, fermetures de théâtre
(pour cause
de faillite, d'épidémie, d'incendie ou de barricades
!) et interventions de la censure - comme aux drames familiaux ;
en l'espace de deux ans, il perdra parents, femme et deux de ses
enfants. La consécration sera pour lui d'être nommé
maître de chapelle à Vienne, le 3 juillet 1842. Quand
viendront les séquelles irréversibles de la syphilis,
ce titre permettra sa sortie de clinique psychiatrique, puis son
départ de la rue Chateaubriand où les autorités
françaises le retenaient arbitrairement
Il pu ainsi
regagner Bergame, sa ville natale, et y vivre ses derniers mois
de torpeur, jusqu'à sa mort en 1848.
S'il paraît tout d'abord bien mince, ce livre nous apprend
l'essentiel, et plus encore. A l'aide de citations, de témoignages,
de détails sur le contexte des créations, Philippe
Thanh propose la première étude complète en
français sur un compositeur qui passait sans peine de l'opera
seria à l'opera buffa mais dont l'uvre,
bientôt éclipsée par celle de Verdi, peine à
sortir de l'oubli. Pourtant, comme il est attachant, ce bourreau
de travail !
Laurent Bergnach
|