"Je suis un lirico spinto..."
d'Aldo Ciccolini
Van de Velde, 2007 - 96 pages
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Sur la couverture du livre, le visage du pianiste s'efface pour
laisser place
à ses mains : prônant le mystère et le retrait
de l'homme au profit de l'art, Aldo Ciccolini se veut un serviteur
humble (quoique renommé) de cette musique qui - selon ses
propres termes - est une prière pour une église
sans dieu. Pour la collection que dirige son ancien élève
et ami Pascal Le Corre, l'interprète discret a accepté
de se livrer, au travers d'entretiens qui
se sont déroulés entre mai et décembre 2006,
évoquant tour à tour son parcours de musicien, ses
réflexions, ses valeurs, sa pédagogie, sa philosophie
du piano.
Enfant solitaire, le jeune Ciccolini apprend très vite à
apprécier et contrôler
la qualité du son, si bien qu'il peut intégrer le
conservatoire de Naples en 1934, avant même d'avoir l'âge
exigé. Outre la maîtrise du clavier, il sou-haite étudier
l'écriture et rencontre un pédagogue généreux
en la person-
ne d'Achille Longo - lequel fera écouter à sa classe
des disques rares et l'emmènera à des représentations
de Wozzeck. Esprit curieux, le pianiste pratique également
le violon, l'orgue, la harpe et la direction d'orchestre, décrochant
une série de prix : piano (1940), composition (1942), concours
Marguerite-Long (1949). Sa carrière est lancée. Il
fréquente alors des musiciens - Cluytens, Cortot, Février,
Desormière, Nat, Schwarzkopf, Szeryng, Thibaud - dont il
énumère tout ce qu'ils lui ont apporté.
L'artiste ne comptait pas enseigner, jusqu'à ce qu'on lui
en fasse l'offre
en 1972. Faisant l'éloge de la patience et de la disponibilité,
le professeur insiste sur ce qui lui semble important : le travail
mental des partitions, le rôle du déchiffrage, la forme
et le tonus de la main, le legato, etc., toute maîtrise
technique qui permet d'aborder sereinement la vérité
musicale.
Le Maestro peut se durcir en dénonçant le jeu standardisé
de plus d'une vedette du moment, ou à l'écoute de
la création actuelle, souvent nulle et non avenue.
Cependant, adepte de l'effort et de la remise en question, ce lyrico
spinto ne se veut pas donneur de leçon, sachant que notre
approche des choses change avec l'âge et qu'il n'y a pas qu'une
seule vérité en musique.
Laurent Bergnach
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