dimitri chostakovitch
de bertrand dermoncourt
Actes Sud / Classica, 2006 - 236
pages
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Quelques mois avant l'achèvement de l'année
du centenaire
Chostakovitch qui fêta la musique du compositeur soviétique,
Bertrand Dermoncourt publiait chez Actes Sud, dans la collection
Classica, le men-suel qu'il dirige, cette brève biographie
qui synthétise plusieurs sources :
Le destin russe et la musique de Lemaire [lire notre
critique] et Chostako-vitch de Meyer, tous deux parus
chez Fayard, mais aussi Témoignage et Chostakovitch
et Staline de Volkov [lire notre
critique], tout en se référant à d'autres
ouvrages, dont l'étude de Gregor Tassie sur Mravinski, par
exem-ple ; à ces lectures viennent s'ajouter des propos directs,
comme ceux que Rostropovitch a confié à l'auteur quant
à la simplicité voulue de la 12ème Symphonie
"1917" à la mémoire de Lénine.
Ainsi, après avoir précisé les origines polonaises
de Chostakovitch,
né le 25 septembre 1906 à Saint-Pétersbourg,
nous suivons depuis ses premières leçons de piano
avec sa mère puis Ignacy Glasser, son entrée dans
la classe de composition de Steinberg au Conservatoire en 1919,
la protection dont Glazounov (directeur de l'institution) et Nikolaïev
(classe de piano) y entourent son jeune génie, jusqu'à
la retentissante création de la Symphonie n°1,
en 1926, tout en abordant les circonstances privées qui menèrent
l'adolescent au clavier des salles de cinéma. Abandonnant
tôt ses velléités de soliste pour se consacrer
entièrement à la composition,
il côtoie les intellectuels et les artistes de son temps,
fréquente le théâtre pour lequel il écrira
de la musique de scène, rencontre Meyerhold et écrit
son premier opéra, Le Nez, d'après la nouvelle
de Gogol, tout en trouvant
à collaborer pour le 7ème art - entre 1929 et 1932,
une douzaine de films est illustrée par ses compositions
dont, en tout premier lieu, La Nouvelle Babylone de Trauberg
et Kozintsev [lire notre
chronique du 6 décembre 2005].
On le sait : ces beaux débuts ne chantèrent guère
de longs lendemains, fauchés par l'indignation de Staline
lorsqu'il vit Lady Macbeth de Mzensk,
le second opéra de Chostakovitch, en 1936 ; de fait, le livre
cite précisé- ment le fameux article de la Pravda
du 28 janvier, un article qui marque
le commencement d'une affaire dont le compositeur ne verrait jamais
vrai-ment l'issue. S'ensuivra une période d'angoisse, celle
de la fin des années trente, dont l'absurde aventure de l'arrestation
de Sakrevski ressemble tris-tement à une invention, bien
qu'elle soit véridique ! De persécutions en réhabilitations,
de reconnaissances en brimades, le musicien doit jongler avec les
caprices du régime et, après le dur procès
de 1948, se réfugier dans un exil intérieur,
soit écrire pour ses tiroirs des uvres qui surgiront
plus tard. En 1954, la mort de Nina, son épouse, le recroqueville
un peu plus encore sur lui-même, et il entreprend un vaste
cycle de quatuors à cordes. Bien que considéré
officiellement comme le grand compositeur soviétique de son
temps, Chostakovitch connaitra une nouvelle fois les avatars de
la censure lors de la difficile création de sa 13ème
Symphonie "Babi Yar", en 1962. Quelques années
plus tôt, des douleurs dans les mains l'avaient contraint
de cesser définitivement ses activités de pianiste,
et l'on diagnos-tiquait alors une forme rare de poliomyélite,
ces soucis de santé s'aggravant en 1966 par un infarctus
puis un cancer des poumons. De longs séjours en hôpital
jalonnent ses huit dernières années qui se-
ront pourtant des plus fécondes. L'angoisse de la mort est
présente dans
la 14ème Symphonie, les Quatuors n°13 et
n°15, l'ultime Sonate pour alto, partout. À
l'hôpital du Kremlin, le 9 août 1975 s'éteignait
Chostakovitch.
C'était faire acte d'honnête homme que de raconter
cette vie-là. Le lecteur sera plus perplexe en constatant
le regard peu nuancé que l'auteur prétend porter sur
la réalité soviétique dont il ne saisit ni
la complexité temporelle ni la place dans l'histoire russe.
Il s'étonnera de rencontrer certains propos tenant lieu de
jugements qu'on ne saurait croire intégralement naïfs.
Cette façon de faire brandit volontiers des épouvantails
moraux hors de propos, s'attachant entre autre à discréditer
la modernité russe des années vingt. S'il préfère
ne pas s'interroger sur la probité de l'auteur, le lecteur
le fera peut-être sur ses facultés de discernement,
voire sur sa culture, mais, en tout cas, ne manquera pas de relever
avec quel adolescent emportement cet ouvrage dénonce le révisionnisme
de certains chemins de pensée tout en les empruntant lui-même.
Nous avions d'abord décidé de ne pas évo-quer
cet aspect, mais son ombre s'épanche sur près d'un
tiers d'un livre
qui se croit tenu de faire de la politique au lieu de rapporter
des faits,
même politiques.
Bertrand Bolognesi
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