Une année dès lundi / conférences
et écrits
de John Cage
Textuel, 2006 - 192 pages
|
"Je crois parfois que le plaisir que je trouve dans la
composition,
auquel j'ai renoncé en musique, se poursuit dans l'écriture,
ce qui explique pourquoi j'ai tant écrit récemment
" confie John Cage (1912-1992) dans la seconde partie de
sa vie. Faisant suite aux poésies traduites par Christophe
Marchand-Kiss pour un précédent ouvrage [lire notre
chronique], Textuel propose une nouvelle rencontre avec les
écrits du compositeur américain, dont certains inédits
en français, et qui respectent la disposition et les jeux
typographiques voulus par l'auteur - polices de caractères,
marges, italiques, etc.
Souvent écrits sous l'influence aléatoire du Yi-king
ou de la Catridge Music, ces textes ont des origines très
diverses : articles commandés ou repris par des revues nord-américaines
et la radio japonaise, courriers, catalogues d'exposition, conférences
ou causeries. On y retrouve en partie des extraits d'un Journal
auquel Cage est resté attaché jusque dans les
années 1980
- Comment rendre le monde meilleur (on ne fait qu'aggraver les
choses) (1965 à 67), Atelier de musique à Emma
Lake (1965) ainsi que Public (1966).
De façon plus développées que dans Poésies
publié en 1998 et toujours accompagnées de notes très
éclairantes, on retrouve dans ces pages denses des allusions
à la vie quotidienne des Etats-Unis (le LSD, le crédit,
l'écologie, la guerre du Vietnam) mais surtout - s'attachant
à de prestigieu-ses figures artistiques - des réflexions
sur la musique (Boucourechliev, Takemitsu, Ives, Schonberg), la
peinture (Duchamp, MirO, Jasper Johns), l'architecture (Le Corbusier),
la danse (Merce Cunningham), etc. On tombe sur des phrases comme
"Pour obtenir des livres qui n'ont pas encore été
écrits, interdire la lecture de ceux qui sont sur les rayons",
"Télévision est moderne / Trucs à la
télé, non" ou "Des guerres froides
plutôt que chaudes" qui nous confortent dans l'idée
que Cage, alliant humour et clairvoyance,
demeure un bon compagnon pour l'homme du XXIe siècle.
Laurent Bergnach
|