benjamin britten ou le mythe de l'enfance
de mildred clary

Buchet / Chastel, 2006 - 460 pages

Né le jour de la Sainte-Cécile 1913, Benjamin Britten grandit sous la
double influence de l'océan - "Ma vie d'enfant a été colorée par les tempê-
tes féroces qui faisaient échouer des navires sur notre côte, qui détruisaient aussi parfois des pans entiers des falaises voisines"
- mais surtout de la musique - chanteuse amateur, sa mère interprète Bach, Händel, Mozart ainsi que des ayres anglais. Dernier d'une famille de quatre enfants, c'est
à l'âge de dix-huit mois qu'il commence à grimper sur le tabouret de piano. Plus tard, outre cet instrument, il apprend l'alto avec Audrey Alston, puis la composition avec Franck Bridge. Trente-quatre ans séparent l'élève de
son professeur, avec lequel "toute velléité de se montrer satisfait de soi
était impitoyablement anéantie"
. Grâce à lui, le jeune admirateur de Berg, Debussy, Ravel et Wagner découvre Holst, Stravinsky, Schönberg, etc. Mais d'autres compositeurs aident l'adolescent dans sa formation, tels Ralph Vaughan Williams et John Ireland. Ses goûts évoluent : il quitte Beethoven
et Brahms pour Schubert, Mahler, Verdi. La musique anglaise ne l'impres-sionne guère. En 1932, après quantité d'œuvres juvéniles, la Sinfonietta
voit le jour : c'est le premier opus d'un catalogue qui en comporte près
d'une centaine.

Voici le début d'un parcours artistique que Mildred Clary souhaite faire
partager en s'appuyant sur des documents authentiques : interviews, correspondance, archives, comptes rendus critiques, etc. Outre le journal intime tenu par l'intéressé de janvier 1928 à juin 1938, elle exploite les in-formations considérables recueillies à Aldeburgh en 1986, pour quinze heures d'émission sur France Musique. C'est pourquoi, enrichissant les renseignements purement musicaux - la collaboration cinématographique de 1936 à 1938, l'élaboration de nombreux opéras de chambre, l'exigence de chanteurs sachant jouer, la fascination pour la musique balinaise ainsi que pour le modèle Chostakovitch, etc. -, on trouve dans ces pages nom-
bre de témoignages.

Famille et collaborateurs évoquent l'homme Britten, privé ou public : l'in-fluence du poète Wystan H . Auden, la rencontre puis le rôle joué par Peter Pears, la vie communautaire, les phases dépressives, l'antimilitarisme, un charme irrésistible doublé d'un cœur de pierre... Si ce portrait ne dissimule pas le côté prédateur, voire opportuniste, lâche ou élitiste du compositeur disparut en 1976, il n'en reste pas moins un artiste exigeant - "La musique pour moi, c'est la précision" -, blessé souvent par les critiques, toujours perdu sans la présence d'enfants à ses côtés.

Laurent Bergnach