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ALEXANDRE BORODINE
de André Lischke
Bleu Nuit Editeur / collection Horizons,
2004 - 176 pages
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Si les mélomanes
français connurent un engouement certain pour la musique russe,
il leur manquait une biographie digne de ce nom dans
leur langue, celle d'une figure curieuse et non conventionnelle :
Alexandre Borodine. Mis à part quelques articles publiés
ici et là, et la plupart du
temps parfaitement introuvables, ou l'improbable monographie due à
Nina Berberova, traduite chez Actes Sud il y a quinze ans, quiconque
souhaitait en apprendre sur le compositeur devait se contenter du
livret traduit du Prince Igor, son opéra, d'une courte
note dans une encyclopédie de la musique, ou lire aisément
l'anglais et le russe. Aux habitués du répertoire russe,
le nom d'André Lischke est désormais devenu familier.
Après avoir participé au numéro 168 de la revue
L'Avant-Scène Opéra consacré au Prince
Igor en 1995, puis à la brochure-programme de l'Opéra
National du Rhin - fort documentée et pertinente comme c'est
l'excellente habitude de cette maison - à l'occasion de la
présentation de cette même uvre il y a deux ans,
le musicologue fait paraître aujourd'hui un livre passionnant
sur Borodine chez Bleu Nuit Editeur. Outre ses origines
tatares caucasiennes (le petit Alexandre ne porte pas le nom de son
père - Guedianov), qui du reste sauront être déterminantes
dans l'uvre à venir,
on y évoque en profondeur le dilemme du musicien dont l'existence
est partagée entre une brillante carrière de chimiste,
une nécessité de com-poser, nourrie d'un talent naturel
qui fit l'admiration de Liszt (entre autre),
et une vie de famille particulièrement éprouvante. L'homme
Borodine nous est raconté au fil d'une uvre que certains
commentateurs ont pu trouver maigre, mais dont la qualité est
saisissante. A travers des analyses d'une concision et d'une clarté
salutaires, André Lischke nous fait découvrir un catalogue
chambriste d'une douzaine d'opus - eh oui, il n'y a pas que les deux
quatuors à cordes ! - et quelques mélodies encore rarement
chan-tées, présentés d'une manière passionnante
qui invite à l'écoute, voire
au déchiffrage. Subtilement replacées dans le contexte
russe de la fin du 19ème siècle, à la jauge des
divers courants esthétiques d'alors, les deux symphonies de
Borodine ne s'entendent plus de la même façon après
cette enrichissante lecture. Prince Igor est bien entendu abordé
dans la linéarité de la biographie, tout en bénéficiant
d'un exposé plus détaillé en fin de volume (dont
il occupe à lui seul un sixième). Bref et efficace sans
pouvoir être considéré comme un ouvrage de vulgarisation,
ce livre est évidemment un indispensable.
Bertrand Bolognesi
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