george benjamin, les règles du jeu
entretiens avec eric denut

Editions Musica Falsa, 2004 - 155 pages

Après Philippe Fénelon (interrogé par Laurent Feneyrou) et Philippe
Manoury (par Daniela Langer), c'est le compositeur anglais George Benjamin que la collection Entretiens des éditions Musica falsa nous fait rencontrer, par l'intermédiaire de Eric Denut, à travers ce volume intitulé
Les règles du jeu. Un jeu qui est ici décliné en quatre parties principale, nous promenant de la nécessité de résistance et parfois d'opposition de l'artiste à la fécondation de son univers personnel par la fréquentation de modèles choisis, nous faisant parcourir plus précisément le catalogue du musicien, ses préoccupations de langage et les différentes phases de sa conception de la forme. Préservant son oeuvre des diverses tentations du formalisme, après en avoir sciemment exploré certains aspects pour affi-
ner son expression, Benjamin pose sans cesse de nouvelles questions
en imaginant son prochain opus, voulu comme une découverte. Après
une introduction à sa lecture des travaux de Sibelius, Scriabine, Debussy, Stravinsky, Ravel, Webern, Messiaen et de l'école spectrale, il nous invite
en son atelier, prenant le temps de nous éclairer précisément sur cha-
que œuvre, du rationalisme d'Antara à la stimulante transparence des Palimpsests, usant aujourd'hui d'une généreuse exploitation des timbres pour clarifier les structures. Grâce à ce livre, nous approchons un homme toujours soigneux dans ses réponses, jetant un regard inquiet sur le mon-de et parfois tendrement dérisoire sur lui-même, s'expliquant sur les difficultés de la composition assistée par l'informatique, qui "tourne en fait dans le même cercle", menacée de "passer à côté de l'invention", justifiant une certaine discipline de carrière qui prévoit plusieurs mois consacrés à
la direction d'orchestre juste après avoir dessiné la définitive double barre d'une pièce, et nous faisant partager son goût pour des mondes plutôt sombres, comme ceux de Bacon ou de Bosch. Bien que la fluidité de notre lecture se soit parfois trouvée interrompue par une grammaire aléatoire (2ème paragraphe de la page 92, par exemple), nous saluerons certai-nement la brillante initiative de Eric Denut, s'appuyant sur une
connaissance sensible de son sujet.

Bertrand Bolognesi