bebo valdés,
portrait d'une légende cubaine
de samuel charters

Naïve, 2007 - 185 pages

Avec ses amis, un vieil homme joue Lágrimas negras sans savoir que
ce vieux boléro remettrait la musique cubaine au goût du jour ; avec son
fils, il fait sonner La Comparsa à deux pianos. En 2000, Calle 54, le film
de Fernando Trueba, fit réapparaître un géant d'antan qu'une nouvelle demande des producteurs et du public voudra voir en géant d'aujourd'hui :
le pianiste et chef Bebo Valdès dont il était alors difficile de trouver les enregistrements et qui vivaient une vieillesse paisible dans la banlieue
de Stokholm.

Samuel Charters campe ses figures comme le ferait un romancier :
le vieux Bebo, son géant de fils Chucho, carrure d'athlète vedette, etc. On
les suit lors d'un voyage en voiture dans Time Square, dans les coulisses du club où l'on assiste aux retrouvailles des artistes avant le concert. De
la chronique du tournage de Trueba et de celle d'un enregistrement disco-graphique à Manhattan, il amène le récit truculent de sa première rencon-
tre suédoise avec une légende cubaine dont il ne connait plus le visage. L'on réfléchit alors sur les conséquences culturelles mondiales d'une révolution localisée, l'on évoque la lointaine Cuba de l'enfance de Bebo,
né à trente-sept kilomètres au sud de La Havane, à Quivicán (commune rurale située hors de la zone sucrière dans une plantation de yuccas),
le 9 octobre 1918. Son nom : Dionisio Ramón Emilio Valdès Amaro, surnommé bebo, soit le diminutif de bebito, c'est-à-dire baby dont à l'époque on désigne affectueusement les petits garçons.

Outre une biographie passionnante dont les épisodes s'entrelacent à l'actualité d'entretiens plus contemporains, ce livre (traduit de l'américain
par Corinne Julve) - accompagné d'un CD - aborde pertinemment l'his-
toire du jazz afrocubain, celle de l'île mais également celle du public.

Bertrand Bolognesi