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Contrechamps, 2006 - 340 pages
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Si estimables qu'elles soient, les dernières tentatives
de regrouper l'ensemble des écrits de Béla Bartók
se révèlent lacunaires. Membre du comité éditorial
de Contrechamps, Philippe Albèra constate que "rien
n'a
été traduit des travaux qui, depuis près de
trente ans, ont remarquable-
ment renouvelé l'approche de la musique bartokienne, qu'il
s'agisse des questions de langage musical ou des relations du compositeur
avec le milieu culturel et intellectuel de son époque en
Hongrie, si mal connu
en France". A part quelques-uns trop brefs ou significatifs,
et ceux liés
à l'ethnomusicologie (un volume peut-être à
venir ?), cette édition chro-
nologique reprend la quasi-intégralité des textes
traitant de musique composée, pour beaucoup inédits
chez nous. Indispensable à ce projet
de longue haleine, respectant le style sobre et précis du
compositeur,
Peter Szendy s'est chargé de la traduction et des annotations.
"Il est inquisiteur, impatient, toujours inquiet, mais
il semble être à la recherche de quelque chose de déjà
pressenti. - C'est avec une naïveté d'enfant, c'est
par curiosité qu'il cherche". Deux portraits (Béla
Balázs) et quatre autoportraits ouvrent ce recueil d'entretiens,
d'articles, d'essais, de conférences, de prises de positions
diverses. Outre les analyses de ses propres uvres - de Kossuth
(1904) au Concerto pour orchestre (1944) -,
on trouve ici plus d'une allusion au travail de Strauss (1905 et
1910),
Liszt (1911 et 1936), Debussy (1918), Schönberg (1920), Kodály
(1921), Ravel (1938) ou encore de Dohnányi et Stravinsky,
cités fréquemment.
Mais le cur de l'ouvrage s'avère être une réflexion
récurrente sur les racines artistiques. Sensible à
l'autonomie de sa nation, Bartók fait paraî-
tre Sur la musique hongroise (1911) qui marque le début
d'une quinzaine
de textes polémiques cherchant à rendre compte d'un
pays dans les affres
de la création, dénonçant les clichés
attachés à la musique tsigane ou
le dédain pour cette musique paysanne, simple mais jamais
niaise, qui l'aide à s'échapper d'excès postromantiques.
Politiciens et musicologues dépassés, éditeurs
et maisons de disques opportunistes, snobs et paresseux ne sont
pas épargnés par un homme attentif, pour sa part,
aux expériences du Bauhaus et aux effets sonores artificiels
qui fécon-deront un après-guerre qui lui resterait
inconnu.
Laurent Bergnach
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