musiques de toutes les afriques
de Gérald Arnaud et Henri Lecomte
Fayard, 2006 - 671 pages
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Après
Americana, histoire des Musiques d'Amérique du Nord d'Herzhaft
et Música cubana de Balen, Fayard poursuit ses publications
consacrées aux musiques dites populaires (uniquement
en opposition à celles des traditions dites savantes) avec
cette somme imposante que les auteurs,
le journaliste Gérald Arnaud et le chercheur Henri Lecomte,
dédient aux jeunes Africains et à leurs ancêtres.
Ce n'est qu'à l'aube du 20ème siècle que le berlinois
Otto Abraham commença de collecter les musiques d'Afri-que,
soit relativement tard par rapport aux autres parties du globe. Tandis
que son prédécesseur avait capté des musiciens
sud-africains sans se déplacer de la capitale, Meinhof effectuerait
les premiers enregistrements de terrain en 1903. On a souvent entendu
ici et là qualifier l'Afrique d'insai-sissable ; certes,
on ne saurait saisir ce que l'on ne daigne pas même regarder
(cette remarque amère n'engage que le signataire de cet article)
: car enfin, si le livre rend justement hommage à plusieurs
chercheurs qui
ont rassemblé un matériau précieux, il rappelle
qu'en France, puissance
qui n'est pas sans s'enorgueillir d'une présence outre-mer
- comme en témoignage actuelle-ment l'inquiétante vague
de réhabilitation des valeurs de la colonisation -, il faudrait
attendre les années soixante et l'arrivée de Charles
Duvelle pour que s'engage une vraie collecte. Moindre mal, se
dira-t-on, en lisant, en fin de volume, qu'il "est encore
possible aujourd'hui
en Afrique d'écouter des musiques qui n'ont sans doute guère
changé depuis plus de mille ans".
Orientant la lecture selon des critères géographiques
et, principalement, ethnologiques, l'ouvrage offre un exposé
systématique et détaillé des cul-
tures musicales de chaque peuple et de chaque région, sans
omettre de consacrer tout un chapitre à la présentation
scientifique des instruments, classés par familles organologiques
(idiophones, lamellophones, mem-branophones, aérophones,
cordophones). Se gardant d'investigations hasardeuses tout en remettant
en question de nombreuses idées reçues, remontant
jusqu'aux pratiques musicales des empires pharaoniques du 27ème
siècle avant J.C., s'interrogeant sur le double emploi ou
non de
l'arc, tour à tour chasseur ou musical, apportant de multiples
précisions quant aux mouvances des peuples d'Afrique à
travers les âges, cette re-marquable étude réussit
un exercice difficile entre tous : décrire la mu-
sique, nous donnant presque à l'entendre, ou la danse qu'elle
laisse quasiment voir.
Il y inévitablement une dimension politique et historique
à voyager ainsi dans des cultures à la fois richement
diversifiées et souvent proches. On relèvera le mérite
de nous rendre compréhensible le détail des luttes
afri-caines, souvent inextricables pour des Européens. Les
chapitres suivent
un schéma clair : histoire de la région traitée,
du ou des peuples concer-nés, exposé des musiques
traditionnelles pratiquées en milieu rural
ou en grande région, approfondissant parfois jusqu'à
leurs possibles
origines, puis abord des musiques urbaines et des diverses influences
qu'elles subissent ou qu'elles génèrent, ainsi que
de leur commerciali-sation. Passionnant s'avèreront les pages
consacrées au griotisme, à l'Ethiopie, aux orchestres
de cour de l'Afrique des Grands Lacs et sur l'Afrique du Sud (une
partie qui, malheureusement pour nos bonnes consciences, donne la
chair de poule). Sur un ton qui, sans susciter de polémique,
ne mâche pas ses mots, ce livre n'a rien d'un énième
voyage vers l'authenticité fantasmée et, bien au contraire,
nous initie aux réalités
de son sujet. De fait, il s'intitule Musiques de toutes les Afriques,
ce qui indique clairement que les sons évoqués sortiront
ou entreront du grand Continent Noir, considérant un temps
qu'on ne saurait arrêter.
Bertrand Bolognesi
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