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"Francesca da Rimini"
de Riccardo Zandonai
Arthaus Musik, 2009
DVD multi-zones
101 363
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Comme nombre de compositeurs né en fin de siècle,
Riccardo
Zandonai (1883-1944) manifeste son originalité en s'inspirant
de ses
aînés et en jaugeant les temps nouveaux. Aussi, en
ne s'inscrivant dans
la lignée de personne, sa musique recèle des influences
majeures, comme celle de Wagner - le compositeur est originaire
de la région du Trentin (Italie septentrionale) alors intégrée
à l'Empire Austro-hongrois -,
la tradition vocale défendue par Verdi - utile à dépeindre
des univers masculins gouvernés par l'ambition et le pouvoir
-, mais aussi les
horizons symphoniques de Strauss, Debussy, Ravel, Honegger, etc.
La couleur transparente de l'orchestre français apparaît
d'ailleurs à
maints endroits de Francesca da Rimini, créés
au Teatro Regio de Turin,
le 19 février 1914, d'après l'ouvrage publié
par Gabriele d'Annunzio (1901), "poème de sang et
de volupté". A la tête de l'Orchestra Filarmonica
Marchigiana, Maurizio Barbacini excelle d'ailleurs à
sublimer différents climats qui cohabitent, dynamisant ceux
de nature buffa ou épique, et
livrant avec délicatesse le temps suspendu des amants.
De quatre mille vers empreints de décadentisme, Tito Riccordi
(fils de l'éditeur réputé) a supprimé
les expressions d'un lyrisme excessif et emphatique, recentrant
l'uvre autour de l'histoire d'amour de Francesca, dans l'Italie
du XIIIe siècle. Victime d'un mariage arrangée avec
Giovanni
Le Boiteux, confrontés aux commentaires innocents mais douloureux
de ses suivantes, la jeune femme est bien à plaindre, puisque
tombée sous
le charme de son beau-frère Paolo Le Beau. Ce coup de foudre
réciproque rappelle l'amour irrépressible de Tristan
und Isolde - on s'y réfère de façons diverses
: guet d'un retour attendu, dénonciation d'un jaloux, comparaison
de la passion à une tempête épuisante sur une
mer sauvage, etc.
Captée en 2004 aux arènes du Festival d'Opéra
de Sferisterio, la mise
en scène de Massimo Gasparon joue également
l'épure en présentant,
au centre de la scène, une tour en coupe qui sert tantôt
de muraille au temps des batailles, tantôt d'alcôve
protégeant la liaison coupable. Si
la captation de cette production n'est pas d'une qualité
optimale, elle
permet cependant de repérer quelques artistes talentueux
(et sonorisé) : Daniela Dessi, au chant nuancé
et sombre - nous rappelant le rendez-
vous manqué de la Callas avec le rôle-titre, à
Milan, il y a juste cinquante ans - ; Fabio Armiliato en
Paolo discrètement corsé, souple malgré quelques
aigus tendus ; et aussi L'Udovit Ludha, incarnant avec
vaillance Malatestino, l'adolescent pervers.
Samuel Moreau
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