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"Tristan und Isolde"
de Richard Wagner
Arthaus, 2008
2 DVDs multi-zones
101 325
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Filmée à l'Anhaltisches Theater de Dessau, en 2007,
voici une
production de Tristan und Isolde qui rompt singulièrement
avec les conventions. Johannes Felsenstein a imaginé
de placer les musiciens l'Anhaltische Philharmonie Dessau
sur la scène dont un écran occupe
le cadre, écran où seront projetées des images
évocatrices du voyage
en mer au premier acte, d'une terre celte au deuxième, enfin
l'insularité effective et symbolique pour la mort des amants.
Outre de stimuler l'imaginaire, le dispositif affirme sa pertinence,
l'orchestre de Wagner exprimant les passions et leurs fatalités
bien plus encore que les voix
qui s'y enchevêtrent. De fait, les chanteurs évolueront
devant l'orchestre, comme la face visible d'un argument à
la profondeur indomptable. Une direction d'acteur précise
soutient cette conception sensible où l'avant-scène,
tour à tour pont du vaisseau oscillant sous la vague qui
s'enfle
en gros plan sur l'écran, promenade magique jonchée
de mégalithes au bord d'une large baie faussement paisible,
grève d'hostiles rochers dans l'humide brume côtière,
raconte ce feu que seul le ciel domptera peut-être.
Particulièrement mises en valeur par la scénographie,
les voix arborent
des formats impressionnants qui ne sont vraisemblablement pas tout
à
fait conformes à la réalité. Aussi n'ont-elles
jamais à forcer pour atteindre leur but, ce qui autorise
un naturel, dans l'émission comme dans le jeu, rarement rencontré
dans ce répertoire. L'on remarque le chant tant vaillant
que soigné, précis et clair, de Jörg Brückner
(Berger), l'aigu flamboyant du très avantageusement sonore
Kostadin Arguirov (Melot) à la diction toni-que, le
timbre, idéal pour la noblesse du rôle, de Marek
Wojciechowski (Marke) qui, toutefois, manque de présence
avec son registre haut parfois malaisé. On goûte le
chant fort impacté d' Ulf Paulsen (Kurwenal), dans
une couleur fermement corsée pouvant s'enorgueillir d'une
diction remarquable, et le Tristan sainement construit dans un grave
et un médium solides de Richard Decker, bénéficiant
d'une teinte sombre omniprésente dans l'aigu. Côté
dames, le timbre chaleureux d'Alexandra Petersammer, que
traverse un phrasé toujours généreux, amené
par des attaques moelleuses, d'une musicalité raffinée,
livre une Brangäne comme on en rencontre peu. Le soprano dramatique
bulgare Iordanka Derilova (coutumière des Amneris,
Lady Macbeth, et Kundry) souligne intelligemment les contrastes
entre
les trois aspects du rôle d'Isolde.
Au pupitre, Golo Berg ménage un premier prélude
précautionneux, un rien pontifiant, qui, en revanche, cisèle
un fin travail de couleurs et de nuances.
Il faut cependant reconnaître qu'il ne dispose pas d'un orchestre
d'une grande tenue, accusant des faiblesses en ses cuivres, une
clarinette
basse peu fiable, des cordes plutôt lâches. Cela n'empêchera
pas un
acte III réussi, en un geste à la fois tendre et urgent,
à l'âpreté sereine.
La capture, signée Brooks Riley, guide adroitement
l'il dans la représentation et même un peu au-delà.
Bertrand Bolognesi
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