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"Götterdämmerung"
de Richard Wagner
Deutsche Grammophon, 1997/2007
2 DVD multi-zones
00440 073 4340
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A Bayreuth, pour la nouvelle production du Ring
présentée en 1994, la créatrice des décors
et des costumes Rosalie - de son vrai nom Gudrun Müller,
une élève de Jürgen Rose - vola la vedette au
metteur en scène Alfred Kirchner. Après les
interprétations politiques de Patrice Chéreau
et d'Harry Kupfer, l'objectif de la nouvelle équipe était
de débarrasser le grand-uvre wagnérien de tout
prisme idéologique. Comme de coutume
à l'opéra, les spectateurs durent choisirent leur
camp devant ce Ring de designer. Pour notre part, nous avons
été sensibles à l'abstraction et à
la pureté géométrique de cette vision harmonieuse.
Avec un sol bombé évoquant le globe sur lequel se
joue des combats décisifs avant l'embra-sement du Walhalla,
ce rocher de Brünnhilde qui évoque aussi bien une voile
qu'un bouclier, cette forêt comme des échelles entre
ciel et terre etc., l'imaginaire est plus libre et les contresens
quasiment impossibles. Nous sommes donc au plus près du texte
et de l'émotion, d'autant que la caméra privilégie
la douceur, voire la lenteur (en particulier celle des travellings
avant) et que la distribution en présence, ce mois de juin
1997, est assez exceptionnelle.
Nous sommes tout de suite happés par un trio de Nornes offrant
une sorte de parenté vocale des interprètes - rondeur
et richesse de Birgitta Svendén, amplitude et grande
précision d'Yvonne Naef, générosité
et opulence de Frances Ginzer. Wolfgang Schmidt apparaît
comme un Siegfried très chan-geant selon les actes (et les
captations ?) : il livre le pire (timbre agressif, aigreur du médium
et du bas-médium) comme le meilleur (aigu souple, superbe
récit de l'oiseau, tout en délicatesse). La Brünnilde
de Deborah Polaski est proprement inoubliable : outre que
cette artiste respire l'intelli-gence du texte, son chant recèle
un velouté, une rondeur et une plénitude qui vous
mettent les larmes aux yeux ; qui d'autre, à l'époque,
aurait pu mettre autant de noblesse et de dignité dans une
scène ultime appelant pourtant à la vengeance ?
Au château des Gibichungen, les talents ne manquent pas :
Falk Struck-mann s'avère un Gunther idéalement
métallique et Anne Schwanewilms une Gutrune élégante,
à l'émission un peu petite mais à l'aigu angélique.
Ils sont cependant éclipsés par le charisme d' Eric
Halfvarson : outre une égalité de couleur quelque
soit la hauteur d'un chant large et évident, à
la réserve immense et au grain épais, le musculeux
Hagen bondissant
qu'il incarne se révèle effrayant pas sa façon
de régenter l'assemblée, autant que touchant dans
sa souffrance rentrée. La puissance de Hanna
Schwarz (Waltraute) et d' Ekkehard Wlaschiha (Alberich
pas très juste)
sont également à signaler, tout comme le trio équilibré
des Filles du Rhin : Joyce Guyer (Woglinde lumineuse), Sarah
Fryer (Wellgunde très sonore)
et Jane Turner (Flosshilde moelleuse).
Peu fanatique du travail de James Levine au départ,
il faut bien reconnaître la qualité de sa proposition.
S'il a parfois la main lourde sur les exaltations conclusives et
livre souvent des scènes sacrées (Acte I, scène
1) sans mystère, sa direction très lyrique offre un
bon confort d'écoute. Notons la présence de cuivres
extraordinaires (début de l'Acte III). Félicitons
le Chor der Bayeuther Festspiele - et son chef Norbert
Balatsch - pour son enga-gement. S'il apparaît tonique
en milieu d'Acte II, il peut oser une grande douceur, lors de l'apparition
de Brünnhilde à la cour de Gunther.
Laurent Bergnach
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