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Récital Nikolaï
Lugansky
Idéale Audience International / Naïve / Mirare,
2003
DVD multi-zones
DR 2105 AV 103
58'10
| Nikolaï
Lugansky a été filmé le 6 août 2002, pour Les
Pianos de la Nuit *. Son programme commence avec les Sechs Klavierstücke
Op.118 de Johannes Brahms, sur la pièce n° 1 qui brille
par son expressivité. La seconde est plus délicate - la reprise
apparaissant plus tendue que l'exposition - et articulée tout en préservant
le moelleux de la frappe. Le pianiste la clôt dans un très grand
recueillement. On retrouve un peu ce schéma sur la pièce n°
4 où la discrétion, voire l'effacement de l'intro-duction, jouée
du bout des doigts, fait place à une tension progressive. Le Klavierstück
n° 5 invite ensuite deux grandes figures de la musique : l'exposition
du thème, après le prélude rapide, a quelque chose de schubertien
tandis que la partie centrale, avec ces trilles élégamment formées,
pourrait rappeler Bach. Là encore, il faut noter la délicatesse
des grandes et belles mains de Lugansky à nouer ornements et appogiatures.
Pour la dernière pièce, enfin, l'interprète aborde l'ouverture
lisztienne avec le dépouillement des pages les plus sombres de Chostakovitch.
Le thème central est joué dans une certaine sécheresse, qui
en accentue l'aridité. Vient ensuite Richard Wagner, avec
quatre extraits de Götterdämmerung (Le Crépuscle
des Dieux). La lumière s'éteint alors dans la salle, pour revenir
petit à petit sur le duo Siegfried-Brünhilde, lorsque les thèmes
se développent. Elle disparaît de nouveau sur la fin du Prologue,
comme pour rendre au Voyage de Siegfried sur le Rhin, à la Marche
funèbre et à L'Incendie du Walhalla qui suivront un peu
de la théâtralité de Bayreuth. Les arrangements pour piano
sont de Lugansky lui-même, avec quelle lisibilité d'écriture
! Le formidable crescendo du premier extrait nous révèle immédiatement
un talent à mettre en valeur des polyphonies, tandis que ses qualités
de coloriste sont telles qu'on arrive à reconnaître les instru-ments
de l'orchestre, et même les voix (introduction de L'Incendie). Quelques
bis de Sergeï Rachmaninov, pour terminer le concert (Prélude
Op. 23 n° 7, Prélude Op. 23 n° 5 et Moment musical
Op. 16 n° 4), vont nous permettre de dire à quel point l'ensemble
et ce passage en particulier ont été intelligemment filmés
par Dominique Pernoo. Le réalisateur, qui a beaucoup varié
les points de vus au début du concert - avec un montage toujours souple
- n'hésite pas, au fur et à mesure, à rallonger la durée
de ses plans pour laisser s'installer l'émotion. Les gros plans sur le
visage pénétré du pianiste deviennent moins systématiques
et l'on se concentre d'avantage sur ses mains. C'est ainsi que la caméra
saisit les moments où la main gauche travaille le plus, ou encore nous
donne à voir un doigté très particulier sur le premier bis
: de même que son aîné Vlado Perlemuter, Lugansky ne privilégie
pas le doigté le plus facile ou le plus pratique, mais le plus approprié
pour obtenir la sonorité voulue. C'est quasiment une leçon de
piano... La qualité de jeu du pianiste, sa grande concentration captées
sur une scène ronde par une caméra qui sait se faire oublier, donnent
à ce concert un caractère de proximité et d'intimité
qui en font un moment précieux. Laurent Bergnach
*
Les Pianos de la Nuit est une collection de récitals enregistrés
en public lors du Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron
en juillet-août 2002. Réalisées spécialement pour le
DVD, ces interprétations virtuoses de pianistes contemporains ont vocation
à constituer dès aujourd'hui les archives classiques du XXIème
siècle. |