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"Saint François
d'Assise" d'Olivier Messiaen
Opus Arte, 2009
3 DVDs multi-zones
OA 1007 D
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Abondamment jouée tout au long de l'opération Messiaen
2008 qui fêtait
le centenaire de la naissance du compositeur, la musique de ce dernier
fut investit par les divers décideurs du paysage musical
(tant pour le concert qu'en ce qui concerne l'édition discographique),
par les artistes et - c'est là le principal - par le public.
Immanquablement, ce type de réjouissance offrit, à
la fois pour des raisons simplement pratiques et pour des questions
de goûts, de nombreuses redites tandis que certaines pages
parurent devoir demeurer rares. Ainsi de La Transfiguration de
notre Seigneur Jésus-Christ qui n'y fut donnée
qu'une seule fois (21 septembre, Strasbourg) ; ainsi de Saint
François d'Assise, l'opéra commandé en
1971 à Olivier Messiaen
par Rolph Liebermann, en présence du Président Pompidou,
que seule une exécution de concert honorait sur notre territoire
(31 octobre, Paris). Ebauchée à partir de 1975, née
au Palais Garnier à l'automne 1983, sous
la baguette de Seiji Ozawa et dans une mise en scène de Sandro
Sequi, cette vaste fresque lyrique et méditative, où
devait s'illustrer durablement José van Dam, fera événement
ces années-là. Depuis, l'approche en put être
approfondie grâce à de nouvelles productions signées
Peter Sellars (Salzbourg, puis Opéra Bastille), Giuseppe
Frigeni (Bochum) et, malen-
contreusement, Stanislas Nordey (Bastille encore). Le 1er juin dernier,
Amsterdam pouvait s'enorgueillir d'une première de
taille, puisque Saint François d'Assise y occuperait
la scène du Het Muziektheater pour neuf représentations
d'une production exemplaire en tous points, au regard
de la captation qu'en diffuse aujourd'hui Opus Arte.
Nous le disions plus haut : José van Dam a porté
haut la partition de Messien, depuis la création qu'il en
assumait il y a vingt-cinq ans jusqu'à ses apparitions plus
récentes. En octobre dernier, à la salle Pleyel, peu
probable parut la relève - nul n'étant éternel
- en la personne de Vincent Le Texier dont la prestation laborieuse
finit par ruiner le concert. Ici, la surprise est de taille : c'est
le solide baryton américain Rodney Gilfry, jadis rôle-titre
ô combien remarqué de Billy Budd (Britten),
puis immense Don Giovanni
à Zurich, mais encore créateur de Kowalski d'A
Streetcar Named Deisre (Previn) - sans compter les Papageno
(Zauberflöte), Iago (Otello), Posa (Don Carlo),
Marcello (La Bohème), Pelléas (Pelléas
et Mélisande) [lire notre critique
du DVD capté à Zurich], Faust (Doktor Faust de
Busoni) ou, dans un répertoire plus léger, Danilo
(Die Lustige Witwe) et Falke (Die Fledermaus), et
les nombreuses créations américaines auxquelles il
contribue volontiers - qui s'empare du rôle immense de François,
avec
une maestria qui n'a d'égal que l'investissement absolu
caractérisant les interventions de cet artiste. Et l'on dira
encore la riche couleur d'une voix
aux généreux moyens dont il use avec un art sensible,
nuançant délicate-ment cette musique dont indéniablement
il a compris la teneur spirituelle (au-delà de son b.a.-ba)
et qu'il sert d'une diction (et sans les grimaces de l'effort, s'il
vous plait) à faire pâlir plus d'un gosier français.
Son incarnation dépasse le danger de mièvrerie que
le personnage renferme, prouvant d'une présence aux choses
passées et à venir dans chacune de ses épreuves,
celle de sa propre peur comprise, pour s'exprimer enfin dans
la douceur et l'assurance légère d'un véritable
maître à penser.
Ses partenaires ne sont pas en reste. Henk Neven est un
Frère Léon
précis au timbre clair, affirmant son J'ai peur dont
la route mènera à la tendresse d'une compassion
pleine. Le teint âpre de la voix de Donald Kaasch sert
idéalement la partie grognonne de Frère Elie.
Quoique
fatiguée dans sa nature, celle d'Armand Arapian s'affirme
soigneusement menée dans le rôle de Frère Bernard.
L'on retrouve avec plaisir la vivacité de jeu et le chant
élégant de Tom Randle en Frère Massée.
Dans son costume jaune à taches noires, une feuille frappée
de mildiou, le Lépreux de Hubert Delamboye convainc
par sa vaillance et un impact vocal qui vient déranger l'ordre
de toute façon inquiet des compagnons franciscains. Enfin,
Camilla Tilling livre un Ange lui aussi dictionellement irréprochable
(malgré la difficulté que l'écriture du rôle
oppose à cet aspect) à l'aigu lumineux.
Outre une distribution particulièrement efficace, ce Saint
François-là bénéficie d'une fort
pertinente conception scénique. Pierre Audi a placé
sur scène le gigantesque orchestre de Messiaen, les moines
évoluant à
la périphérie de ses chants d'oiseaux, salves et joutes
percussives dont ils semblent révéler de leur présence
les ruptures et le silence. La direction d'acteur est celle d'un
artiste exigeant qui connaît la rhétorique de la foi,
et sa scénographie, avec la complicité d'Angelo
Figus pour les costumes et
de Jean Kalman pour les lumières, pose judicieusement
la question de
la réforme de l'Eglise (tout ordre est d'abord bénédictin,
rappelons-le, et chacun s'embourgeoisant nécessite la création
du prochain, nouveau et plus proche de la Règle initiale).
Quant au passage ornithologique que
l'on croit souvent digressif, le metteur en scène en fait
une géniale leçon pour une ribambelle d'enfants peintres.
"Ton cur t'accuse, mais Dieu est plus
grand que ton cur"
"La musique nous porte à Dieu, par défaut
de vérité"
"Tu parles à Dieu en musique, Il va te répondre
en musique"
"Seigneur, musique et poésie m'ont conduit vers
toi"
La musique est dans la main experte d' Ingo Metzmacher,
chef aguéri au répertoire contemporain. Il signe une
lecture d'une formidable clarté, en un geste musical ample
et souple qui trouve de la tendresse dans les incises les plus anguleuses.
En adéquation avec la réalisation d'Audi, il profite
de chaque pupitre de The Hague Orchestra auquel se sont associés
les ondistes Nathalie Forget, Valérie Hartmann-Claverie
et Bruno Perrault.
Vous l'aurez compris : voilà un enregistrement indispensable
à toute DVDthèque musicale digne de ce nom !
Bertrand Bolognesi
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