orchestral music in the 20th century
volume 2 : rythm / volume 3 : colour
Arthaus, 2005
DVD multi-zones
102 035 / 102 037
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La série Orchestral music in the 20th century, qui
reprend la leçon
de musique télévisée de Simon Rattle
à la tête du City of Birmingham Symphony Orchestra,
est composée de sept DVD qui permettent un tour d'horizon
quasiment complet de la question. Rattle ratisse large et, en sept
heures, parvient à nous révéler les secrets
de compositeurs aussi diffé- rents que Strauss, Henze, Berio,
Boulez, Stravinsky, Chostakovitch, Bartok ou Stockhausen, dans le
cadre d'explications parfois un peu austères de cinquante-deux
minutes chacune, rassemblées en thématiques trans-versales.
L'une des forces de ces documentaires est d'être parvenue
à faire
coexister des univers musicaux aussi différents les uns des
autres et
de nous convaincre que ce patchwork hétéroclite
forme bien l'esthétique
de notre cher 20ème siècle révolu. De ce point
de vue, Rattle a réussi sa mission pédagogique, nous
livrant une vision synoptique et stimulante du bouillonnement musical
du siècle dernier, depuis l'Ecole de Vienne jus-qu'au Marteau
sans maître et au-delà
. Mais, de façon
générale (comme nous l'avions fait pour le premier
volume de cette série), nous pouvons adresser quelques
reproches à l'entreprise : en plus d'une certaine austérité
- visuelle et narrative -, la réalisation télévisée
de Peter West se laisse parfois emporter par des velléités
esthétiques incompréhensibles qui polluent le message
du chef ; pourquoi tant d'images illustratives de
la nature, des oiseaux, du soleil - qui se lève, qui se couche,
qui se lève encore - et puis encore des oiseaux, et puis
la mer, le tout en plans de coupe pénibles qui nous empêchent
de voir jouer les musiciens ? Cette volonté de plaquer de
force des visuels sur des partitions aussi sugges-tives, souvent
déjà audio-visuelles en elles-mêmes,
est une faute de
goût qui ne parvient pas même à donner un rythme
plus soutenu aux documentaires en question.
Ceci dit, les volumes 2 - Rythm - et 3 - Colour -
proposent un voyage
assez excitant vers des monuments musicaux contemporains qui ont
révolutionné notre rapport au rythme et à la
couleur musical, au temps et
à l'espace intérieur de la musique. Rattle part de
la volonté nouvelle de certains compositeurs de déstructurer
la musique, et souligne les straté- gies de plusieurs d'entre
eux visant à réduire la chair mélodique à
un squelette rythmique minimaliste, à un pouls, et à
une teinte.
La démonstration de Rattle débute avec une la citation
déstructurée d'une mélodie de la 9ème
Symphonie de Beethoven dans le Chant de la terre
de Mahler ; ce dernier distordant jusqu'au métaphysique
- pour reprendre
le terme du maître de cérémonie - le propos
musical initial. Puis Atmos-phères, Atmosphères,
l'uvre mondialement connue de Ligeti depuis son utilisation
par Stanley Kubrick dans 2001..., permet à Rattle
de montrer que le 20ème siècle a joué avec
le rythme, structuration naturelle de la musique depuis des siècles,
jusqu'à proposer un matériau complexe composé
de nappes sonores aux logiques complexes et multiples, parfaitement
insai-sissables. Cette complexité rythmique est illustrée
aussi par l'étonnante Music for Piece of wood de Reich,
piquante et répétitive mosaïque sonore aux wood-blocks,
inspiré de la musique africaine. Avec le Piano Roll n°21
de Nancarrow, Rattle montre que le siècle a porté
jusqu'à l'absurde l'étirement des rythmes : cette
pièce pour piano mécanique, strictement injouable
par un pianiste, se présente comme une sorte d'ancêtre
de la musique électronique, de la musique programmée
par ordinateur.
Boulez avait évidemment sa place dans une démonstration
sur la déstructuration de la musique et Rattle choisit de
jouer et commenter le Rituel in Memoriam Bruno Maderna de
1975, jeu complexe entre des mélo-dies instrumentales données
par de petites structures isolées au sein de l'orchestre,
auxquelles répondent subtilement des percussionnistes. Au
final, on est étonné de l'austérité
de cérémonie funéraire de cette uvre
de Boulez, que l'on accable si souvent en France
La démonstration
pédagogique de Rattle se termine magistralement avec la Turangalila
Symphonie de Messiaen qu'il voit comme un hymne à
la vie et même à l'érotisme. Le rythme se structure
çà et là comme des cris d'animaux,
des chants d'oiseaux, et laisse une troublante impression de force
vitale.
C'est avec l'inévitable et magnifique Prélude
à l'après-midi d'un
faune que Rattle nous montre d'emblée ce qu'est la couleur
en musique,
Debussy choisissant ses notes en fonction de leur coloration
imaginaire, comme Mallarmé choisissant ses mots en fonction
de leurs sonorités.
Le chef souligne sans grande originalité l'aspect impressionniste
de cette musique, mais la rattache non pas aux grands peintres français
(Monet, etc.), mais à Turner, spécialiste britannique
de la marine floue et des visions fantastiques dans la brume. Avec
cette partition, en somme, la couleur devient forme. Le jeu musical
de la mise en valeur des couleurs
est aussi sensible dans L'Oiseau de feu de Stravinsky
; uvre chatoyante
à l'exotisme et à l'orientalisme irrésistibles
qui, tout en empruntant ça et là quelques mélodies
à Rimski-Korsakov, nous présente toute la palette
des couleurs primaires. Avec le ballet Daphnis & Chloé
de Ravel, que le chef
voit comme inspiré par Mahler et source d'inspiration pour
Messiaen (notamment de par l'usage, déjà, de chants
d'oiseaux), les couleurs sensuelles deviennent chair, et la musique
nous touche sans appel. La démonstration de Rattle concernant
Jeux de Debussy est moins convain-cante : si l'on comprend
bien que le compositeur français fut inspiré par les
techniques du cinéma naissant, comme le fondu enchaîné,
on ne fait pas trop le lien avec les couleurs musicales. Dans les
Cinq pièces Op.16 de Schönberg, la volonté
picturale est plus évidente : l'auteur, que l'on sait aussi
peintre, propose, dans le 3ème mouvement, une fresque colorée
troublante composée de la répétition perpétuelle
d'un même accord orchestré différemment au fur
et à mesure du développement de
l'uvre.
Le DVD Colour se termine par deux longues démonstrations
très stimulantes concernant les grands coloristes Messiaen
et Takemitsu. Dans des extraits d'interviews, le premier
nous explique l'importance à
ses yeux de la couleur quand il compose une mélodie ; au
piano, il joue
une mélodie aux multiples nuances de bleu, qu'il décrit
tour à tour. On voit aussi un Messiaen coloriste, passionné
par la transcription musicale des chants d'oiseaux, et fasciné
par les effets lumineux des vitraux de cathé- drale. Rattle
illustre musicalement le tout avec des extraits de Et expecto
resurrectionem mortuorum. Pour finir, il voit en la musique
de Takemitsu une japanisation de celle de Debussy, idée
que l'on peut admettre à l'écou-te de son Dream/Window,
constitué de très longs accords qui "enveloppent
la terre", selon l'expression du compositeur. On retrouve
ce dernier en 1994 dans une interview intéressante où
il parle de son rapport au cinéma et à
la musique de film. On le voit notamment discuter avec le cinéaste
Shinoda, lors d'une séance de travail.
Au final, malgré une réalisation à la fois
austère et parfois surchargée d'images illustratives
pénibles, on retiendra de l'entreprise une volonté
pédagogique intéressante soutenue par une maîtrise
musicale sans
faille.
François-Xavier Ajavon
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