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"La Calisto" de
Francesco Cavalli
Harmonia Mundi, 2006
2 DVD multi-zones
HMD 9909001.02
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Harmonia Mundi a mis longtemps avant de se lancer dans l'édition
de
DVD, mais le résultat est à la hauteur de l'attente.
La présentation de ce coffret est d'abord une belle réussite
esthétique. Quant au contenu, il pré- sente la célèbre
production du Théâtre Royal de la Monnaie (Bruxelles)
de La Calisto de Cavalli, dans une mise en scène
du regretté Herbert Wernicke. Ce spectacle avait déjà
été proposé par Harmonia Mundi avec grand succès
en CD, et la représentation avait été diffusée
sur la télévision belge RTBF et sur Arte. Ces DVD
sont donc déjà bien connus avant leur sortie, mais
les retrouver en édition commerciale est une aubaine, car
ils constituent l'une des meilleures productions baroques de ces
dernières années.
La réalisation vidéo de Jacques Bourton place
idéalement le téléspecta-teur : on a l'impression
d'être dans une loge qui n'existe pas, d'où l'on voit
toute la scène et juste ce qu'il faut de coulisse pour ne
pas être dupe des trucages de ce théâtre dont
on ne sait dire s'il est du bon vieux temps ou
s'il annonce un avenir nouveau.
La Calisto a été composée sur un livret
de Giovanni Faustini et créée vers 1651, à
Venise. L'argument en est l'apothéose de la nymphe Calisto,
qui sera transformée en Grande Ourse par Jupiter. Il avait,
auparavant, essayé de la séduire en prenant l'habitus
de Diane dont elle est une des suivan-tes. De nombreux personnages
secondaires (dans l'intrigue, pas dans la musique) gravitent autour
des protagonistes : Endymion, prétendant mortel de Diane,
Lymphée, vieille nymphe érotomane, un petit satyre,
sans parler de Junon, la jalouse.
Dans le développement de l'uvre, le plus frappant
est la prédominance des préoccupations sexuelles des
personnages. Et ce sexe est essen-
tiellement caractérisé par une constante ambiguïté
: on ne sait jamais
vraiment dans l'affaire qui est hétérosexuel ou homosexuel.
Les choses sont accentuées pour le spectateur moderne par
l'effet des diverses voix
de haute-contre ou de fausset qui contribuent à compliquer
la clarté de l'exposé. Ainsi Jupiter, qui se travestit
en Diane, doit-il alterner baryton
et soprano. Au-delà de la performance du chanteur, Marcello
Lippi, et de
celle de René Jacobs qui interprète la succincte
partition, nous suivons la clé de cette ambiguïté
avec un humour trouble, d'autant que c'est Mercure,
le propre fils de Jupiter, qui travestit son père.
Maria Bayo, Calisto franchement amoureuse de Diane, interprète
joliment son personnage auquel elle prête une voix exquise
et une présence scé- nique rare. Le ténor Alexander
Oliver est une délirante Lymphée. En petit satyre,
Dominique Visse chante et danse à ravir. Tous les
petits rôles sont très bien tenus.
Musicalement, le Concerto Vocale, placé sous la direction
de René Jacobs fait des merveilles. Il faut savoir que la
partition originale ne note pas toutes les parties avec exactitude
et que l'invention du chef et l'improvisation de ses interprètes
doivent palier cet inconvénient. Finalement, la richesse
de cette captation est telle que je ne suis pas sûr que l'on
y voie la même chose que moi. Il y règne un tel esprit
de liberté
Claude Fabre
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