Maria Callas : Living and Dying for Art and Love
TDK, 2003
DVD multi-zones
DV-DOCMC
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Après un portrait très réussi de Montserrat
Caballé, TDK nous propose aujourd'hui un Dvd, original,
consacré à la fin de la carrière scénique
de Maria Callas. Son titre - Maria Callas, vivre et mourir
pour l'amour et la mu-sique - et le résumé au
verso, tentent de prévenir l'acheteur éventuel qu'il
ne s'agit pas d'une énième compilation de témoignages
et d'interviews, mais d'une étude présentant un regard
nouveau sur la vie amoureuse et la fin
de carrière de la chanteuse.
A partir d'extraits d'images privées et de témoignages
scéniques de
la Divine, pris entre 1959 et 1965 où elle chante
Tosca régulièrement à
Covent Garden, à l'Opéra de Paris et au Met', le réalisateur
Steve Cole tente de reconstruire l'énigme d'une chute
prématurée qui la conduira à l'épuise-ment,
le 7 juillet 1965, son ultime apparition dans un opéra complet.
Il était donc tentant d'effectuer un parallèle immédiat
avec ce rôle que Callas inter-préta plus de quarante
fois. Elle en laissa deux enregistrements pour Emi, dont le premier
- avec di Stefano, Gobbi et de Sabata au pupitre - demeure une référence
absolue qui n'a jamais été égalée.
Cole nous propose de comparer l'histoire de Tosca avec ce
que vivait Callas à l'époque, ce qui nous vaut une
analyse parfois pesante - acte par acte, scène par scène
- de l'uvre, où chaque intervenant croit bon d'ajouter
une paraphrase plus ou moins justifiée. Je laisse au lecteur
le soin d'ap-précier la transposition d'un Scarpia en Onassis
que Tosca (Callas
) exécuterait bien volontiers, pour
sa trahison avec Jackie. Mais qui donc serait Cavaradossi ?
Les rares témoignages vidéo que nous possédons
nous offre à deux reprises - Paris, 1958 et Londres, 1964
- le second acte de cet ouvrage, inestimables captations de celle
qui marquera à jamais toute une généra-tion
de chanteurs et de mélomanes. A ce titre, les interventions
des chan-teurs Tito Gobbi, (son partenaire et complice à
la scène), Placido Domingo et Grace Bumbry sont instructives
: ils nous décrivent comment la Callas a modifié les
données dramatiques à l'opéra. Par son spectaculaire
régime amaigrissant, elle rendait enfin plausible une Traviata
phtisique, transfor-mait Tosca en sex-symbol, toute de féminité,
de sensualité et de fragilité bien humaine, loin des
matrones jalouses, hystériques et obèses qu'on supportait
encore à cette époque. Elle a su créer et instituer
une nouvelle dimension dramatique qui ferait référence
dans la façon que nous avons aujourd'hui de concevoir les
opéras.
Les autres interventions ne sont pas de la même qualité
: on regrettera qu'un Zeffirelli, génial metteur en scène
de la Tosca de 1964 à Covent-Garden, se laisse aller
à des confidences douteuses sur la vie privée, en
grimaçant de façon assez insupportable, que le biographe
Nicolas Gage affirme de façon définitive des contrevérités
ou des faits à scandale, sans réel fondement,
que l'actrice Judi Dench et le chef Antonio Pappano débitent
des banalités, l'ensemble de ces commentaires se limitant
à des person-nalités anglaises, liées à
la vie lyrique de leur pays. Aucun témoignage de Georges
Prêtre, qui avait si bien connu la diva, encore moins de Jacques
Bourgeois ou de Michel Glotz, de Lord Harwood, ni de son véritable
biogra-phe John Ardoin
Il faut donc supporter le scoop - hélas, crédible
- concernant l'accouchement d'un fils - Omero - conçu entre
Maria et Onassis, mort né le 30 mars 1960. Les biographes,
tout en évoquant cette possibilité (en général,
bien plus tard, vers 1968), n'en ont jamais apporté la preuve
formelle. M. Gage, lui,
en est certain et va même jusqu'à exhiber un certificat
au nom de Omero Lengrin et une photo que la Divine n'aurait
jamais quittée
Intrigué par les faits, j'en
ai étudié de près la chronologie et dois bien
reconnaître qu'entre le 21 novembre 1959 où elle chante
Medea de Cherubini à Dallas et le 24 août 1960
où elle donne une représentation de Norma à
Epidaure, Maria Callas ne se produisit dans aucun concert ou opéra
; il n'y a rien ! Les biographes ont l'habitude de raconter qu'après
les deux années noires - 1958 et 1959 - que subit la chanteuse,
les théâtres ne se pressaient plus pour lui proposer
des engagements ; elle se sentait décliner et n'aurait plus
eu le fameux feu sacré. La vestale Norma va mourir cinq ans
plus tard au profit de Maria, la femme qui souffre et survivra douze
ans à la Diva.
Ce Dvd est très bien illustré par de superbes photos
démontrant l'incroyable beauté de l'Assoluta,
à cette époque de sa vie. Il nous offre un passionnant
reportage, astucieusement mis en images, reconstituant le premier
acte
de la Tosca de Londres, de nombreuses séquences vidéo
sur la vie avec Onassis, dont le mariage avec Jackie Kennedy, ainsi
que des images d'archives à Londres, à Paris et à
New York de l'ambiance de ses derniers jours, comme star incontestée
de l'art lyrique. Pour finir, on ne négligera pas trois bonus
extraits de Tosca, déjà connus, mais indispensables.
Michel Slama
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