Günter Wand dirige Bruckner
TDK, 2005
DVD multi-zones
DV-COWAND1
|
Bien que médiatisé sur le tard, le chef d'orchestre
Günter Wand
compte assurément parmi les géants de la direction
d'orchestre au XXe siècle. Musicien d'une très grande
exigence (il était connu pour terroriser
les harpistes) et d'un très vaste répertoire ouvert
sur la musique contempo-raine, le maestro allemand a marqué
son époque par ses interprétations de la musique romantique
: ses intégrales Brahms, Beethoven, Schubert restent des
pierres angulaires de toute discothèque, en dépit
des pseudos modes interprétatives. Mais Bruckner est
le musicien auquel il aura con-sacré la plus grande partie
de son legs discographique, qu'il s'agisse de l'intégrale
des symphonies enregistrée à Cologne (DHM) ou de concerts
dont la légende augmentait proportionnellement à l'âge
du chef (RCA).
Le 11 juin 1998 dans le cadre du festival du Schleswig-Holstein,
le maestro âgé de 86 ans retrouve l'Orchestre de
la NDR de Hambourg, dont il est le chef honoraire à vie
depuis 1974, pour une interprétation de
la Cinquième symphonie du musicien autrichien. S'il
existe trois enregistre-ments officiels de cette uvre par
Wand, l'artiste n'a accepté de conduire cette pièce
qu'à l'âge de 62 ans, tant son langage particulier
lui était difficile à assimiler (on notera au passage
que le travail de fond et le mûrissement des partitions sont
devenus des vertus passablement étrangères aux
chefs jeunes et vieux des années 2000).
Filmé avec tact et intelligence par Hugo Käch,
ce concert nous offre l'occasion d'admirer la gestique précise
et le regard indicateur d'un chef au sommet de son art et nullement
diminué par l'âge. Face à lui, l'orchestre
de la radio de Hambourg se déboutonne pour offrir le plus
bel écrin sonore.
La précision des cuivres, la musicalité des vents
et l'homogénéité de l'en-semble sont idéaux.
Cependant, le chef ne réussit pas l'épreuve du miroir.
Ce concert d'un très haut niveau de ne peut se hisser au
sommet de la discographie. Certes, l'ensemble et l'étagement
des plans sont admirablement maîtrisés (le premier
mouvement est à ce titre une merveille), mais il manque à
ce live
la tension pour atteindre l'inoubliable. D'autant plus que la discographie
de l'uvre est relevée : Klemperer, Furtwängler,
Jochum, Van Beinum, Harnoncourt, Haitink et Wand (à Hambourg
et Berlin) y atteignent des sommets vertigineux.
Pierre-Jean Tribot
|