"The Turn of the Screw" de Benjamin Britten

Bel Air Classiques, 2005
DVD multi-zones
BAC008

Créé le 14 septembre 1954 à La Fenice de Venise, The Turn of the Screw rencontra un accueil mitigé de la part d'une critique déconcertée par le livret. Rien de nouveau pourtant, puisque Mayfanwy Piper s'est inspiré d'une nou-velle de Henry James, parue en 1898, dont elle a respecté au mieux l'archi-tecture. Cependant, il est vrai qu'elle est étrange, cette histoire, à commen-cer par son titre, qui décrit plus un climat ("le serrage de vis", censé rendre compte d'une oppression graduelle) qu'une action réelle.

Au XIXème siècle, dans le manoir de Bly isolé en pleine campagne anglaise, une gouvernante vient s'occuper de deux orphelins, Miles et sa sœur Flora. Mise à part une lettre annonçant le renvoi du jeune garçon de l'école, rien de troublant dans leur quotidien, jusqu'à ce que, par deux fois, la gouvernante surprenne une silhouette masculine. Par Mrs Grose, l'inten-dante terrifiée, elle apprend que cet homme aux cheveux roux ne peut être que Peter Quint. Ce valet du maître de maison a séduit Miss Jessel, l'an-cienne gouvernante aujourd'hui disparue, et lui-même est mort à la suite d'une glissade. Face à ces deux fantômes qui recherchent la compagnie des enfants, la nouvelle venue fera tout pour éloigner la perversion de la maison, mais en vain : envoûtée, Flora lui criera toute sa haine et Miles, ayant renié son tentateur, meurt dans ses bras.

Si le mystère et la mort accompagnaient déjà les activités du pêcheur
Peter Grimes (1945), si la fascination et la chute seront au cœur de Death
in Venice
(1973), Benjamin Britten aura choisit ici un sujet particulièrement pervers car offrant de multiples interprétations, surtout psychanalytiques : seule à voir les fantôme, la gouvernante est-elle saine d'esprit, seulement hystérique ? Qui, de Miss Jessel ou de Miles, est le plus fasciné par la figure virile qu'incarne Quint ? Etc. La mise en scène de Luc Bondy - qui
met en évidence les demandes d'aide de Miles - n'édulcore pas ce jeu de séductions multiples, osant un Quint torse nu dans la chambre du garçon
et une gouvernante dénouant ses cheveux au moment du dernier interroga-toire. Les possibilités variées de changement de décor, l'éclairage soigné, et la réalisation vidéo de Vincent Bataillon concourent à installer une am-biance fantastique, tendue et angoissante, au sein de laquelle évolue
des artistes de talent, tous très bien distribués.

Avec une voix en pleine forme, moins en retrait et contrôlée que dans d'autres productions, Mireille Delunsch est parfaite, dans la lutte comme dans l'épuisement. Elle rend crédible son combat avec l'ancienne gouver-nante, alors que le pari était risqué. Hanna Schaer, d'une voix énorme, apporte le poids qu'il faut à Mrs Grose. Marlin Miller est un Peter Quint vaillant et très nuancé, Marie McLaughlin une Miss Jessel souple et d'une belle plénitude. Nazan Firke et Gregory Monk, les deux orphelins, sont con-vaincants, de même qu' Olivier Dumait, narrateur au timbre limpide. Daniel Harding dirige avec précision le Mahler Chamber Orchestra, utilisant à bon escient les alliages timbriques de Britten, dans une partition quasiment soliste d'un bout à l'autre. L'excellence et l'enthousiasme des musiciens finissent de faire de cette production aixoise de 2001 un spectacle d'exception.

Laurent Bergnach