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"Billy Budd" de Benjamin Britten
Arthaus, 2004
Region code 2,5
100 278
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Après qu'Eric Crozier et E.M. Forster eurent pris soin d'écrire
le livret d'après la dernière nouvelle connue d'Herman
Melville, Billy Budd, opéra en quatre acte, fut créé
à Covent Garden, le 1er décembre 1951. Pears chantait,
Britten dirigeait - une partition à l'instrumentation très
variée, bien que quasiment chambriste. Le compositeur trouvait
là un nouveau sujet proche de ses préoccupations morales
et esthétiques : l'innocence écrasé par le
mal, dans un univers clos proche de celui de Peter Grimes
ou de The Turn of the Screw. L'adieu naïf du marin Billy
Budd à son ancien navire suffira à déclencher
le drame, puisqu'il est dépendant d'une hiérarchie
soupçonneuse, inventant le vice à défaut d'en
trouver des traces.
Nous sommes sur un vaisseau de guerre anglais, en 1797. Enrôlé
de
force comme tant d'autres, Billy Budd, homme simple et droit, est
plutôt fier de servir son roi et ne s'inquiète pas
trop des rudes conditions de vie à bord. Or une autorité
brutale et répressive y règne, incarnée par
le capitaine d'armes John Claggart. La Révolution française
a aidé au déclenchement de deux mutineries récentes
sur des navires britanniques, et la vigilance
est extrême. Mais c'est la beauté du marin qui semble
surtout insupportable à Claggart, et il essaye plusieurs
plans pour le perdre (surveillance par Squeak, corruption par le
Novice), jusqu'à l'accusation finale, lors d'une confrontation,
de trahison et de mutinerie. Humaniste et lecteur de Plutar-que,
le Capitaine Edward Fairfax Vere voit avec horreur le marin répondre
par un coup de poing mortel. Ponce Pilate de l'histoire, il devra
cependant approuver la pendaison du jeune homme qu'il sait innocent.
Ce dernier accepte l'exécution, après avoir refusé
le sauvetage de ses camarades
et béni le Capitaine. C'est donc un vieillard brisé
par une condamnation injuste qui nous a raconté cet épisode
passé de sa carrière.
La mise en cène de Tim Albery, en 1993, pour l'English
National Opera, fonctionne plutôt bien. On s'attache aisément
au trio principal : Thomas Allen - l'enfant trouvé
qui disparaîtra au fond de l'océan -, Philipp Langridge
- Vere, au jeu impeccable - et Richard van Allan - Claggart,
touchant puisqu'il éveille en nous haine et compassion. Neil
Howlett est un Mr. Redburn au timbre très égal
et aux phrases bien menées, Philipp Guy-Bromley -
Mr. Flint - présente lui quelques carences, John Connell
- Dansker - est attachant. Le travail du chur est nuancé
et joue sur de nombreux registres - voir en particulier la vaillance
et la douceur présentes dans la scène de préparation
à l'abordage. David Atherton dirige un orchestre précis,
qui ne couvre jamais les voix.
Laurent Bergnach
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