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"The Beggar's Opera"
de John Gay / Benjamin Britten
Decca, 2009
DVD multi-zones
074 3329
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Dans les premiers temps du XVIIIe siècle, la vogue du ballad
opera
marque Londres, faisant suite à la création de The
Beggar's Opera,
le 29 janvier 1728. La popularité de l'ouvrage de l'écrivain
John Gay
(1685-1732), arrangé alors par John Christopher Pepusch (1667-1752)
[lire notre critique du DVD], tient à
sa peinture d'habitants des bas-fonds
(à la place des habituels héros antiques) et à
l'utilisation de brèves mélodies populaires au sein
d'airs venant alterner avec le dialogue
parlé. Benjamin Britten en offre une analyse enthousiaste
:
"Les mélodies sur lesquelles John Gay a écrit
ses paroles aussi justes
que spirituelles comptent parmi nos meilleurs airs nationaux. Ces
airs
du XVIIe et du XVIIIe siècle, généralement
baptisés airs traditionnels,
me semblent les plus typiquement anglais de nos chants
populaires.
Ils ressemblent souvent étrangement à du Purcell et
à du Haendel, et pourraient, peut-être, les avoir influencés,
ou avoir été influencés par
eux. Ils ont des intervalles forts, disjoints, parfois dans des
modes
curieux, et sont souvent de climat étrange et sévère."
Quelques mois après la première d'Albert Herring
en juin 1947, avec un même effectif instrumentale, il n'est
pas étonnant de voir le compositeur
se lancer dans son propre arrangement du chef-d'uvre de Gay
(ajout de préludes et postludes tirés des airs eux-mêmes,
peu retouchés, création d'ensembles vocaux, etc.),
car un même esprit frondeur rapproche les protagonistes des
deux ouvrages : tandis que Herring finit par découvrir
les plaisirs de la vie sous la pression d'une société
bien pensante,
Polly Peachum transgresse, en se mariant, la norme de son milieu
où
la mauvaise conduite est de règle - soit l'individu contre
le groupe, le
leitmotiv de l'opéra brittenien, avec ici la fantaisie en
plus.
Diffusée le 31 octobre 1963, avec Meredith Davies à
la tête de l' English Chamber Orchestra, cette production
de la BBC Television nous rappelle combien l'ouvrage est mordant.
Avec sa mise en scène vivante, drôle et tendre, Charles
R.Rogers fait oublier l'image en noir et blanc ainsi que
le son mono d'une bande néanmoins restaurée et remasterisée,
et offre l'occasion de briller à la jeune génération
d'alors : Janet Baker incarnant avec onctuosité et
couleur une Polly charismatique, Heather Harper en
Lucy tour à tour mègère et élégante,
Kenneth McKellar offrant un
Macheath souple, qui se risque, avec succès, à des
attaques en voix
mixte, et Bernard Dickerson prêtant à Filch
ses traits de ténor clair.
Saluons cette sortie d'archives qui ne sent pas la poussière.
Laurent Bergnach
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