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"Peter Grimes"
de Benjamin Britten
EMI classics, 2007
2 DVD multi-zones
5 00971 9
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Ce Peter Grimes est le deuxième édité
en DVD, après celui d'Arthaus
où l'on pouvait découvrir l'incarnation saisissante
de Philippe Landgridge
[lire notre chronique]. Peter Grimes
raconte l'histoire d'un pauvre pêcheur rejeté par la
société, ce qui finit par le pousser à la folie
et au suicide. Si le personnage du poème qui a inspiré
cet opéra sublime à Benjamin Britten était
surtout brutal et même foncièrement sadique, le compositeur
en fit
un être frustre certes, mais cela surtout à cause des
humiliations que les habitants du Bourg lui firent subir.
Avec une ligne de ténor claire impeccablement conduite et
une articula-
tion soignée, Christopher Ventris prend ce parti pris
de montrer Grimes comme n'étant pas foncièrement méchant
au départ, mais perdant le con-trôle de lui-même
; il fait monter la tension au fur et à mesure que l'étau
se resserre. Le soprano Emily Magee est une Ellen Orford
chaleureuse
et aimante qui semble avoir un réel désir de construire
quelque chose de solide avec Grimes. Son timbre est lumineux et
fourni, l'émission parfois
un peu dure, ce qui est excusable au regard de la difficulté
du rôle qui avait impressionnée sa créatrice
Claire Watson. Alfred Muff, le Capitaine Bal-strode, est
un vieux loup de mer sage et observateur. Sa voix est puissante,
bien qu'elle manque de justesse.
Les deux rôles graves féminins, Auntie et Mrs Sedley,
sont chantés par Liliana Nikiteanu et Cornelia
Kallisch, voix d'altos amples et pleines d'auto-rité.
Auntie est ici une tenancière de cabaret élégante
et décidée, entourée de deux nièces
vives et séduisantes aux voix piquantes (l'une des deux
est un peu acide), et attachante dans les moments de sympathie qu'elle
manifeste à Ellen. En apparence distinguée, Mrs Sedley
est persifleuse et indiscrète, allant même jusqu'au
comique dans les scènes de foule, où elle se laisse
entraîner par autres. Signalons de bons seconds rôles
- Cheyne Davidson est un Ned Keene indifférent, ce
qui le montre cynique, et surtout Rudolf Schasching, ténor
puissant et bien projeté en hargneux méthodiste Bob
Boles.
La mise en scène de David Pountney consiste en un
échafaudage et quelques chaises. Il y installe une direction
d'acteurs vivante et dynamique, parfaitement intégrée
par l'excellent Chur de l'Opéra de Zürich,
qui chan-te et joue très bien. Certains ont reproché
au metteur en scène de ne pas avoir assez représenté
la mer, très importante dans l'ouvrage ; mais Britten lui-même
ne souhaitait pas qu'elle soit omniprésente. Universel, le
propos ne se réduit pas aux habitants du Suffolk, région
natale du compositeur. La nature est évoquée par deux
grands astres (les marées fonctionnant avec
la lune) éclairés en fonction de la scène (souvent
dans les tons rouges et jaunes ou gris), ce qui crée des
atmosphères subtiles. Il y a également des effets
saisissants, comme la scène de la tempête hantée
par les fantômes des apprentis éclairés par
une lumière verdâtre. Franz Welser-Möst dirige
l'orchestre maison qui s'avère en pleine forme. Sa lecture
est finement ciselée, avec des interludes superbes.
Stéphanie Cariou
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