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"Gloriana" de
Benjamin Britten
Arthaus, 2007
DVD multi-zones
102 097
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Dans ses mémoires (The Tongs and the bones, 1981),
Lord Harewood raconte comment, au cours de l'hiver 1952, Benjamin
Britten, Peter Pears, son épouse et lui-même mènent
une série de discussions qui débouchent sur l'élaboration
de Gloriana. A l'occasion du couronnement de la reine Elisabeth
II (prévu pour 1953), ils ont l'idée de concevoir
un opéra national censé diffuser une image
positive de la monarchie, avec comme sujet
- si l'on peut dire... - le règne d'Elisabeth I (1558-1603).
Cousin de la future souveraine et directeur du Royal House Covent
Garden, Harewood semble le mieux placé pour passer cette
commande. Comme sources historiques, on retient les ouvrages de
Lytton Strachey et de J.E. Neale ; comme libret-tiste, Britten opte
pour William Plomer - qui, par la suite, collaborerait à
la trilogie des paraboles d'églises Curlew River,
The Buning Fiery Furnace et The Prodigal Son. Cependant,
la genèse de l'opéra est moins enthousias-mante qu'une
conversation entre amis : Plomer se rend trop rarement à
Aldeburgh pour Britten qui manque de temps et doit repousser la
création de The Turn of the Screw commandé
par Venise, Pears préfère le rôle de Cecil à
celui d'Essex écrit pour lui, le chef retenu se révèle
médiocre, etc. Pire, l'accueil glacial du public le soir
de la première (milieux aristocrati-ques, politiques
et diplomatiques) et les doutes émis par l'ensemble de la
presse incitent Britten à prendre ses distances avec les
projets lyriques de grande envergure. De fait, Gloriana reste
le seul ouvrage de Britten à n'être pas enregistré
de son vivant.
Il faut attendre 1966 pour que soient redécouvertes les
qualités drama-
turgiques et musicales de l'uvre, et 1984 pour sa véritable
réhabilitation. "Une fête à ne pas manquer
" annonce The Sunday Times, pour saluer cette production
de l' English National Opera, mise en scène par Colin
Graham et filmée la même année au London
Coliseum par Derek Bailey - réalisateur concentré
sur l'essentiel mais sans perdre de vue la perspective. Le décor
unique (balcon ouvragé, escaliers, etc.) s'adapte aux différents
tableaux de ces trois actes, notamment par l'emploi de tentures
qui dessinent un es-pace tantôt public, tantôt privé.
On sait que cette frontière mal définie entre sentiment
et devoir est au cur de l'uvre, et que les tensions
vécues trouveront une issue dans un final empreint de pathos.
A voir aujourd'hui The Queen, le film de Stefan Frears, on
se dit qu'aucun pouvoir, quelque soit l'époque, ne peut se
préserver d'éclaboussures écarlates.
Participants à des danses de cour réglées
au cordeau, les chanteurs
nous aident à entrer dans un monde de conventions et d'intrigues
qui
paraît d'abord compliqué parce que très riche.
Sarah Walker (Elizabeth I) possède une conduite exemplaire
du chant, un grave coloré et un legato nourri. Anthony
Rolfe Johnson (Essex) fait montre d'un bel éventail expres-sif,
offrant un travail sensible sur la dynamique en général,
sur son chant
au luth en particulier. Doté d'une autorité naturelle,
Alan Opie (Cecil) jouit d'une belle égalité
de la pâte vocale, souple et onctueuse. Richard Van Allan
(Raleigh) accompagne très amplement sa phrase musicale. Si
Neil Howlett (Mountjoy) paraît lointain car assez terne,
Elizabeth Vaughan
(Lady Rich) et Malcolm Donnelly (Cuffe) ne manquent pas de
puissance. Les churs sont efficaces, remarquables sur le périlleux
passage a cappella de la pantomime. Privilégiant la
clarté, la vivacité et la ténacité
de l'accentuation, Mark Elder dirige un orchestre dont la
qualité de
cordes contribue à la grande présence.
Samuel Moreau
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