concert brahms à athènes
EuroArts, 2005
DVD multi-zones
2053659
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Voici près de quinze ans que le Berliner Philharmoniker
a pris pour habitude de fêter l'anniversaire de sa fondation,
le 1er mai, dans un lieu différent chaque année, par
un grand concert faisant ainsi sortir l'illustre formation brandebourgeoise
hors des salles. Si, pour la journée du travail de 2003,
Pierre Boulez investissait la Basilique d'un couvent de Lisbonne,
l'Odéon d'Hérode Atticus, au pied de l'Acropole d'Athènes,
célébrait celle
de 2004 : un cadre de rêve pour un concert extrêmement
peuplé, sous
un ciel un rien couvert.
Simon Rattle avait choisi d'honorer la musique de Johannes
Brahms, invitant, pour commencer, Daniel Barenboïm à
jouer le 1er Concerto. Dès
le Maestoso, l'entrée de l'orchestre est ici littéralement
fracassante. Le chef souligne toutes les velléités
symphoniques de l'écriture du jeune Brahms.
Il donne ce mouvement dans un climat tragique. On retrouve la grande
ef-ficacité des bois de Berlin, notamment des flûtes
et clarinettes. De même retrouve-t-on une tendance de Rattle
constatée sur place en juin 2003 : il prend son temps, écoutant
calmement la perfection de son instrument, en oubliant parfois les
exigence dynamiques de la musique. Le piano arrive très dignement,
proposant une lecture d'une grande classe, quelque chose de droit
avec une sonorité fort ronde, non dénuée d'une
certaine emphase qui convient plutôt bien à la partition
ambitieuse d'un jeune homme. Sans s'avérer coloriste, le
jeu de Barenboïm affirme une théâtralité
relativement simple, dans un geste tout-à-fait exceptionnel.
Malheureusement, la préci-sion d'autrefois n'est plus ce
qu'elle put être
Les deux artistes travaillent ensemble
pour la première fois : le résultat est équilibré,
avec un chef toujours attentif au pianiste qui cultive la puissance
nécessaire à passer largement dessus les excès
de l'orchestration. L'Adagio central est un pur moment de
grâce, s'amorçant dans une belle clarté pour
peu à peu attein-dre un recueillement où les dernières
phrases pianistiques viennent illumi-ner un orchestre volontairement
étale. En revanche, la lourdeur avec laquel-le est engagé
le dernier mouvement compromet définitivement l'ensemble,
appuyant les contrastes jusqu'à une rutilante démonstration.
Les doigts de Barenboïm s'embrouillent vertigineusement : moins
énergique que sa légende le dit, le voici imprécis
et brutal. Pourtant, ces débordements
sont tant assumés que le spectacle est sauf !
Arnold Schönberg a écrit de nombreux arrangements,
et pas uniquement de ses propres uvres, tout au long de sa
carrière. Il traduit ainsi d'abord afin de pouvoir présenter
des pièces requièrant normalement de gros effectifs
dans le cadre des concerts plus modestes de la Société
de Musique Nouvelle : deux pianos suffiront alors pour sa 1ère
Symphonie
de chambre, par exemple. Puis il abordera cet exercice par goût,
révélant deux Valses de Strauss par le relief
de sept instruments. Enfin, inversant
la donne, il devait plus tardivement aborder des uvres pour
petits effectifs auxquelles il s'ingénierait à donner
des proportions plus vastes. Ainsi na-quirent des orchestrations
de Chorals pour orgue de Bach, ou encore celle du Quatuor
en sol mineur Op. 25 avec piano de Brahms, réalisée
entre le
2 mai et le 19 septembre 1937. Le travail de Schönberg est
exceptionnel,
on ne le répètera jamais assez, pour une pièce
qui n'est qui très rarement jouée chez nous. Il ne
s'est pas contenté de réécrire le Quatuor
pour un orchestre à cordes, mais est allé puiser des
exemples dans l'uvre brahmsienne pour obtenir ici une sonorité
qui est presque plus Brahms que Brahms.
Dans ce qu'il conviendra de considérer dès lors comme
une
symphonie supplémentaire, Rattle s'affirme coloriste dès
les premiers
pas de l'Allegro initial. L'énergie est excellente,
son jeu est contrasté sans ridicule, sans caricature, avec
beaucoup d'élégance, et la respiration est splendide.
Qui fait ainsi chanter les cuivres?... L'uvre met évidemment
les pupitres en valeur ; on goûte des choses absolument délicieuses
de la part des hautbois, clarinettes, bassons. Le chef oppose à
la gravité du thème principal des motifs jubilatoires
qu'il rend bondissant. Le ralenti mesuré
de la fin du mouvement n'est pas trop appuyé, et trouve soudain
une dignité inattendue. L'Intermezzo s'avère
joliment souple, voire joueur.
Dans une fort belle pâte sonore, Rattle met en valeur le chant
de
l'Andante con moto, et certains traits moins brahmsiens qui
révèlent
aussi Schönberg, lui-même suggérant d'ailleurs
tout ce que Brahms doit à Beethoven. Mais, attention : à
vouloir trop accuser les contrastes, on arrive au pompier. Une fois
de plus, le chef britannique force le trait, au détriment
de la musicalité elle-même. Dans le Rondo, il
joue sur les attaques et leurs rebondissements, dans une dynamique
cohérente. Cependant, alla zinga-rese semble mal compris
: la lecture de Rattle perd alors toute élégance,
en faisant trop, accuse des rubati interminables, des accelerandi
chaotiques, d'improbables envolées lyriques. Certes, il y
a l'enthousiasme, mais cela suffit-il ?
Bertrand Bolognesi
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